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Guillaume de Saint-Thierry

Né à Liège vers 1085, devenu abbé clunisien de Saint-Thierry au diocèse de Reims, il était un grand admirateur de saint Bernard dont il fut le premier biographe. Il finit par embrasser l'observance cistercienne au monastère de Signy dans les Ardennes où il mourut le 8 septembre 1148. Nous avons de lui une admirable Lettre aux Frères du Mont-Dieu, chartreuse installée dans les Ardennes.

Une traduction de la Lettre aux Frères du Mont-Dieu est consultable sur le site, à partir du tableau situé à droite.

Biographie dans Nominis (http://nominis.cef.fr/contenus/saint/8136/Bienheureux-Guillaume-de-St-Thierry.html)

Par Frère Raffaele, moine de Tamié - Mai 2016

À la base de la théologie mystique de Guillaume de Saint-Thierry il y a une expérience vécue : le désir de voir Dieu et d’avoir une intelligence savoureuse de son mystère. Guillaume est par excellence « l’homme des désirs », comme la Vulgate appelle le prophète Daniel (Dn 9,23). Le désir de voir la face de Dieu ou, en d’autres termes, la connaissance propre à l’expérience mystique est le thème central de toute son œuvre. Pour Guillaume, c’est en cela que consiste le but de la vie monastique. Mais ce désir se heurte à une difficulté apparemment insurmontable : l’impuissance radicale de la raison humaine face au mystère de Dieu qui la dépasse infiniment. L’amour ne peut se reposer que dans la parfaite connaissance de l’être aimé, mais comment peut-il atteindre ce but, quand l’être aimé est Dieu ? A cette question, Guillaume apporte une réponse neuve et originale. L’union avec Dieu se consomme dans l’amour, mais cet amour devient lui-même source de lumière. Amor ipse intellectus est : l’amour devient lui-même sa propre intelligence. La pleine lumière atteindra Guillaume le jour où il découvrira la connaissance qui est propre à l’amour.

Pour Guillaume, une connaissance positive de Dieu est possible grâce à la révélation du Fils qui nous la communique par l’Esprit-Saint. Voilà les deux fondements de la théologie mystique de Guillaume : d’une part, notre connaissance du mystère de Dieu sera trinitaire ou elle ne sera pas ; d’autre part, cette connaissance positive de Dieu est un don du Saint-Esprit. Guillaume conçoit la vie trinitaire comme un échange permanent et plénier d’être, d’amour et de connaissance entre les trois Personnes divines. Or, l’unité d’esprit entre l’homme et Dieu est comprise comme une participation de l’âme aimante au dialogue, à l’échange amoureux entre les trois Personnes. C’est le don du Saint-Esprit qui nous met en contact avec chacune des trois Personnes. L’Esprit, l’« Amour-Dieu », ouvre à ceux qui l’accueillent les profondeurs de l’amour divin et nous rend capables de lui répondre en divinisant notre amour, comme le fer embrasé par le feu devient incandescent. Mais Guillaume souligne aussi avec force la fonction névralgique remplie par l’humanité de Jésus dans le cheminement spirituel de l’âme : pour lui, la méditation, dans la foi, des mystères de l’humanité de Jésus, et en particulier du mystère pascal, est la première étape, incontournable, de la vie spirituelle.

 Le rôle central que le mystère de l’Incarnation joue dans la théologie et la mystique de Guillaume se reflète aussi, par ricochet, dans l’importance qu’il attribue aux moyens de salut qui en découlent : la méditation spirituelle des Écritures et les sacrements, en particulier l’eucharistie. Guillaume a été un théologien et un mystique de l’eucharistie. Deux thèmes surtout ont été orchestrés par lui : d’abord, notre déification par la présence en nous de la chair divinisée et divinisante du Christ ; ensuite, la communion spirituelle. Pour Guillaume, faire mémoire, individuellement et intérieurement, de la mort et de la résurrection du Christ, c’est à proprement parler manger son corps et boire son sang. Il nous présente l’eucharistie comme un baiser d’amour, une expérience nuptiale.

Nouvelle approche du mystère trinitaire, unité d’esprit et intelligence de l’amour : voilà les trois piliers qui soutiennent l’édifice d’une théologie solide et remarquablement structurée. Un lien intime et vital unit ces trois thèmes. La nouvelle approche trinitaire de Guillaume, inspirée par Origène, est le présupposé nécessaire de sa conception audacieuse et originale de l’unité d’esprit, et celle-ci s’épanouit dans l’intelligence de l’amour illuminé par l’Esprit-Saint. « La raison instruit l’amour et l’amour illumine la raison… Quand l’un des deux fonctionne sans l’autre, il n’avance en rien, peut-on dire. En revanche, lorsqu’ils se prêtent une aide mutuelle, alors ils font merveille. » (Nature et dignité de l’amour 21)
 
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