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st benoît Écoute


Reconnaître le Christ dans l’autre

 

 

            Nous venons de commencer la semaine de prière pour l’unité. Le patriarche Zoghby, rappelait qu’il est vain de considérer le mouvement œcuménique uniquement d’après les décisions prises au niveau de la hiérarchie. Concevoir l’unité de l’Église de cette manière, disait-il, c’est substituer à l’Église, corps mystique du Christ, les hommes d’Église et à la vie de la grâce des âmes rachetées les opérations et le manœuvres de la diplomatie humaine. Le rapprochement entre chrétiens doit se faire au niveau de toute l’Église et donc dans chaque communauté chrétienne. Cela veut dire que le premier pas vers l’unité est de considérer l’autre comme un frère dans le Christ, de reconnaître la présence du Christ dans l’autre. Saint Benoît le rappelle explicitement pour les situations qui pourraient être plus difficiles : l’hôte qui parfois nous dérange, surtout quand il s’agit d’un pauvre, le frère malade qui exige une attention particulière pour le soigner, l’abbé et ceux qui partagent son autorité. L’autorité comporte toujours un aspect dérangeant, elle est ressentie comme une intrusion dans ma vie… Dès que je cesse ou que je n’arrive pas à voir le Christ dans l’autre je divise le Corps du Christ, je m’exclue de ce Corps du Christ. C’est ce que nous rappelait ce matin Benoit XVI en citant la première lettre de s. Jean. Ils sont sortis de chez nous parce qu’ils n’étaient pas des nôtres. Dès les débuts de l’Église est apparu ce phénomène de la division, de l’exclusion…

            Dans le petit livre du pasteur Mc Comish dit avec humour : Si vous pouvez dresser une liste de personnes en qui vous ne sentez pas du tout le Christ, c’est que vous allez vraiment mal. Prenez des vacances et recommencez. (William Adams Mc Comish, Permettez-moi de m’expliquer, Ed. WM, Genève, 2003, p. 25)

            Et il poursuit à partir d’exemples bien concrets vécus dans son pays l’Irlande lors des conflits sanglants entre chrétiens :

            Il est parfois bien difficile de voir le Christ en quelqu’un. Je me souviens que, en 1969, mon père m’avait envoyé, contre mon gré, comme pasteur suppléant pour aider à soulager la tension et la souffrance à Belfast, où les forces de police n’arrivaient plus à faire face à la violence. J’ai alors vu le Christ chez un policier et chez des assistants sociaux. J’ai, en revanche trouvé plus difficile de le discerner au sein des équipes de télévision qui donnaient quelques sous à des enfants afin qu’ils jettent des pierres à ceux d’en face. J’ai eu également quelque peine à le percevoir au sein d’une foule soûle et agressive. Et pourtant, je vous l’assure, j’y suis parvenu. Le pasteur avec lequel je travaillais me demanda d’aller parlementer avec cette foule déchaînée, dans une rue dévastée par le feu. J’étais mort de peur mais j’y suis allé tout de même. Les gens m’écoutèrent et la tension diminua. Depuis lors j’ai cherché et trouvé le Christ même chez les gens les plus divers, tels des agents de change, des prostituées, des trafiquants d’armes…et même, imaginez-vous, chez des personnes éminemment, redoutablement respectables… (Ibid. p. 25-26)

            Ce que je constate c’est qu’on apprend beaucoup de ceux qui sont différents de nous. J’ai vécu un des moments les plus forts de ma vie lorsque l’évêque catholique Philbin me saluant sous les tirs des fusils, dans une rue de Belfast, lors des émeutes de 1969, me dit : « jeune homme, je crois que nous vénérons le même Maître ». C’est l’une des phrases les plus importantes qu’il m’ait été donné d’entendre.  Lorsque nous nous échappons du carcan de nos préjugés et que nous percevons Dieu chez les autres, c’est une révélation si bouleversante que nous ne pouvons plus retourner dans notre confortable petit monde d’avant. (Ibid. p. 69)

            Je souhaite à chacun de faire souvent cette découverte du Christ dans les autres ; nous ferons ainsi avancer l’unité au sein de l’Église et au sein de la communauté humaine.
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