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Relation sommaire des événements
qui ont obligé
le R.P. D. Alexis, abbé de Tamié
à quitter son abbaye

 

Vers la fin de l'an 1932, quelques jeunes religieux profès à voeux temporaires de l'Abbaye de Tamié firent part à leur Abbé du désir qu'ils nourrissaient de transporter la vie contemplative cistercienne en pays de Missions. Ils avaient lu les appels véhéments du S. P. Pie XI aux Ordres anciens, ils connaissaient lés voeux ardents des Missionnaires, ils voulaient répondre à ces appels, réaliser ces voeux. C'était la grande idée du P. de Foucauld qui les hantait.

L'Abbé leur fit observer qu'ils ne pourraient jamais réussir à mener à bien leur projet dans l'Ordre des Cisterciens Réformés ou Trappistes. En effet, plusieurs expériences tentées dans les cinquante dernières années en Afrique, en Asie, au Brésil, en Australie avaient démontré surabondamment que la vie trappiste actuelle ne pouvait être menée en pays de Missions. Les supérieurs de l'Ordre avaient, en conséquence, résolu de ne plus tenter de fondations en ces contrées, étant donné que ces fondations ne pouvaient réussir sans une adaptation des usages et coutumes traditionnelles que les Supérieurs se refusaient absolument à envisager, l'uniformité totale des Observances étant une règle fondamentale de l'Institut.

A ces observations, les jeunes moines répliquèrent que n'étant liés à la Trappe que par des voeux temporaires, rien ne s'opposait à ce que, le temps de leurs voeux étant expiré, ils ne missent à exécution leur projet en établissant un monastère où l'on suivrait l'Institut Cistercien sans les usages et coutumes impraticables hors des régions tempérées, ce monastère étant ou bien indépendant ou rattaché à la commune Observance de l'Ordre de Cîteaux (1). Ils ne demandaient au Père Abbé qu'une chose : les aider à réaliser leur dessein.

Considérant que cette demande émanait d'âmes de bonne volonté, remplies de l'Esprit de Dieu, que, d'autre part, elle répondait aux intentions du S. Père, le Père Abbé, avant de rien faire, résolut de consulter afin de n'agir qu'à bon escient. En mai-juin 1933, il lit donc le voyage de Rome pour y assister à une Commission de Liturgie et en profita pour rendre visite à S. E. le cardinal Lépicier, Préfet de la Sacrée Congrégation des Religieux; au Secrétaire de cette même Sacrée Congrégation, actuellement S. E. le cardinal La Puma; au Secrétaire de la Sacrée Congrégation de la Propagande, actuellement S. E. le cardinal Satolli. A tous ces personnages, il exposa le désir de ses jeunes religieux et demanda si leur réalisation était véritablement conforme aux intentions du Saint-Siège et s'il pouvait la favoriser. La réponse fut catégorique, tous assurèrent que Rome souhaitait ardemment des fondations contemplatives missionnaires dans le genre indiqué, tous aussi déclarèrent au Père Abbé que c'était son strict devoir de favoriser le projet de tout son pouvoir. D'autres personnes de la Curie que le Père Abbé vit en-suite opinèrent dans le même sens.

En outre, le Père Abbé consulta encore S. E. Mgr de Guébriant, de vénérée mémoire, le Vicaire Apostolique du Maroc, celui de Vizigapatam, un autre de Madagascar, un autre de Birmanie; il s'adressa aussi à plusieurs personnes 'de doctrine, de piété, d'expérience appartenant au clergé séculier et régulier ; partout la réponse fut la même qu'à Rome. Le Père Abbé ne jugea pas à propos de demander aux Supérieurs de l'Ordre de la Trappe un avis dont il connaissait d avance la teneur. Fort de ce qu'il avait appris à Rome à bonne source, appuyé sur les nombreux conseils reçus, il résolut de se mettre à l'oeuvre pour aider ses jeunes religieux à réaliser leur dessein.

Il commença par leur faire procurer une demeure : la Providence lui fit trouver l'antique Abbaye de Boquen au diocèse de Saint-Brieuc, laquelle semblait réaliser toutes les conditions voulues.

Vers la fin de 1935, tout paraissant prêt pour commencer l'oeuvre projetée, le Père Abbé résolut d'aller à Rome afin d'y ménager, tant avec le Saint-Siège qu'avec le Père Général de l'Ordre, la sortie du groupe, son établissement à Boquen et de régler sa situation canonique. II espérait obtenir que les fondateurs, tout en quittant l'étroite Observance de Cîteaux, pourraient rester religieux et se rattacher de suite à l'autre branche de l'Ordre.

Vers la mi-décembre, il demanda donc au Révérendissime Père Général la permission de faire un séjour à Rome, sa santé assez délabrée exigeait un climat plus doux que celui de Tamié et lui fournissait une raison pour un voyage en Italie. La permission fut gracieusement accordée. Le départ était fixé au 10 janvier 1936 mais, le 8, le Père Abbé reçut du Père Général un télégramme lui demandant de remettre son voyage. Quelques jours après, arriva une lettre du Père Général dans laquelle le Révérendissime Père disait qu'il avait appris que le véritable but du voyage à Rome était d'y ménager une fondation entreprise en Bretagne à l'insu de l'Ordre. Aussitôt informé du fait, le Père Général s'était empressé d'en référer au Saint-Siège, disait-il, et, tant au nom du Saint-Siège que de l'Ordre, il faisait défense au Père Abbé de s'occuper d'une pareille entreprise.

Le Père Abbé répondit de suite au Révérendissime Père Général qu'il était fort surpris que, sur de simples racontars, sans lui demander aucun renseignement, il se fut ainsi entremis auprès du Saint-Siège pour faire agir de suite dans l'inconnu. Il rappelait l'adage du droit naturel: Nemo condemnatur inauditus s On ne doit condamner personne sans avoir entendu sa défense ». Ensuite, il exposait toute l'affaire depuis ses origines et terminait en demandant au Père Général de vouloir bien le seconder dans ses efforts pour faire aboutir le dessein de ses jeunes religieux. La réponse du Révérendissime Père fut absolument négative, non seulement il ne voulait rien faire dans le sens demandé mais il demandait au Père Abbé, ou bien de se débarrasser purement et simplement des-dits religieux dépourvus de l'esprit de l'Ordre, ou bien de les aiguiller sur une Congrégation missionnaire.

Ainsi fixé sur les intentions du Révérendissime Père Général, le Père Abbé, pressé par les moines du groupe, écrivit directement, vers la mi-février, à la Sacrée Congrégation de la Propagande pour lui exposer toute l'affaire et lui demander une décision. Ladite Sacrée Congrégation, après en avoir référé au Révérendissime Père Général, et considérant son opposition formelle, ne crut pas pouvoir donner une décision sur un point qui, après tout, n'était pas de sa compétence. Tout en faisant dire, officieusement, au Père Abbé par plusieurs personnes, au moins à trois ou quatre reprises, que le projet de ses religieux correspondait parfaitement aux désirs et intentions du Saint-Siège, officiellement, le 9 mai, elle lui demanda de s'adresser à la Sacrée Congrégation des Religieux seule compétente en l'espèce.

Le Père Abbé hésita longtemps à tenter une nouvelle démarche. Enfin, le 10 juillet, il se décida à écrire à S. Em. le cardinal La Puma, préfet de la Sacrée Congrégation des Religieux, une lettre dans laquelle il exposait sa situation personnelle après les démarches faites dans le sens indiqué plus haut. Il le faisait avec un grand abandon et une grande confiance, parlant à Son Éminence comme un inférieur qui ouvre son âme à son Supérieur en toute simplicité.

Vers la fin de juillet eut lieu à Tamié la visite Canonique faite, pour la première fois, par le nouvel Abbé de Sept-Fons, Dom Marie Godefroy. Ce Révérend Père était au courant de tout, le Père Abbé l'en ayant informé dès le lendemain de sa Bénédiction abbatiale, le 26 février 1936. Il se déclara enchanté de sa visite et ne trouva rien de notable à reprendre : dans sa Carte, il montra sa satisfaction entière. Ce qui le frappa au plus haut point, ce fut de constater que dans la Communauté, personne, sauf les membres du groupe, cinq personnes en tout, ne soupçonnait même les projets en cours. Le Père Abbé fut félicité de ce que, quoique très favorable à ces projets qui répondaient au fond à ses idées, il ne cherchait aucunement à faire de propagande en leur faveur. Très content de la conclusion de cette visite, le Père Abbé jugea à propos d'en envoyer le compte rendu officiel à S. Em. le cardinal La Puma pour appuyer la lettre du 10 précédent.

Cependant, le 12 septembre, devait avoir lieu le Chapitre Général annuel de l'Ordre : le Père Abbé avait déclaré au R. P. Dom Marie, Abbé de Sept-Fons, lors de sa visite fin juillet, son intention de n'y point prendre part. L'affaire de la Fondation missionnaire étant pendante à Rome et le Chapitre Général ne pouvant rien décider à son sujet, il estimait qu'il fallait mieux s'abstenir afin d'éviter des discussions qui ne pouvaient aboutir Pour se mettre entièrement à couvert, le 30 août il sollicita de la Sacrée Congrégation des Religieux dispense de l'assistance audit Chapitre Général.

Le 9 septembre, le Père Abbé écrivit au Révérendissime Père Général pour lui faire part de son intention de ne pas participer au Chapitre et lui dire qu'il avait demandé dispense à Rome, il le priait donc de bien vouloir l'excuser. Le 12 après-midi, le Chapitre avait été ouvert le matin même, le Père Abbé reçut, vers 2 h 30, un télégramme le convoquant à Cîteaux au nom de l'obéissance et disant qu'une simple demande au Saint-Siège de dispense d'assistance était jugée inacceptable. Le Père Abbé fit répondre qu'il par tirait au plus tôt. Une heure après, un coup de téléphone de Cîteaux demandait si le télégramme était arrivé et quelle était la réponse la teneur de cette réponse fut confirmée.

Le Père Abbé arriva à Cîteaux le dimanche 13 septembre au soir, trop tard pour voir personne.

Le lundi 14, vers 8 h. 30, -il vit arriver dans sa chambre les trois Abbés de Sept-Fons, de Tilbourg et de Reichenburg qui venaient le sommer de comparaître devant le Chapitre réuni en Assemblée plénière pour y répondre aux accusations formulées contre lui. Il répondit qu'il était prêt à répondre à ces accusations mais qu'il demandait à comparaître d'abord devant une Commission particulière où il pourrait s'expliquer plus librement et sans crainte de blesser personne. II fit remarquer que c'était d'ailleurs l'habitude et il requit qu'on ne s'écartât point de l'usage reçu.

Les trois Abbés se retirèrent déclarant qu'ils allaient en référer au Chapitre. Peu après, ils revenaient disant qu'une Commission particulière était refusée. Le Père Abbé insista, il fit observer qu'il avait à dire des choses très graves qu'il ne pouvait dévoiler en Assemblée plénière, d'autant plus que le Président de l'Assemblée serait spécialement visé. Les trois délégués se retirèrent disant qu'ils feraient leur rapport, tout en taisant que le Père Abbé aurait à dire des choses graves visant le Révérendissime Père Général. Ce à quoi le Père Abbé répliqua : « Vous n'osez pas dire cela et vous voudriez m'obliger, moi, à dire tout en sa présence ! »

Peu après, les trois Abbés revinrent déclarant que la Commission demandée était refusée et que si le Père Abbé ne comparaissait pas immédiatement, le Chapitre procéderait contre lui. Ce à quoi le Père Abbé répliqua que, puisqu'on le mettait dans l'impossibilité morale de se défendre contre toutes les règles et tous les usages, il refusait de se prêter à ce qui ne pouvait être qu'une parodie de jugement.

Les trois Abbés s'étant retirés revinrent peu après apportant un Décret par lequel le Père Abbé était déclaré déposé de sa charge d'Abbé de Tamié avec défense de retourner en cette abbaye sous peine d'excommunication réservée au Père Général.

Après lecture de cet acte, le P. Abbé fit observer que la défense de retourner à Tamié était impossible à observer étant donné que les affaires de l'Abbaye n'étaient pas en ordre, ses effets personnels pas mis à part, etc., il lui fallait absolument retourner à Tamié pour tout mettre au point. Les délégués maintenant qu'il ne pourrait le faire, il se décida à formuler un appel au Saint-Siège, faisant observer que cet appel étant suspensif, toutes choses devaient rester en l'état jusqu'à son jugement. Les délégués refusant d'admettre le caractère suspensif de l'appel, le Père Abbé leur fit observer que cela ne dépendait pas de leur appréciation et était garanti par le droit. Ayant signé le Décret, avec mention de son appel, il s'adressa alors aux délégués et leur dit que, convaincu qu'on voulait se débarrasser de lui, il n'entendait pas se cramponner et s'imposer, qu'il voulait seulement que tout se passât dans la paix et la charité. Il fit remarquer que son retour à Tamié s'imposait pour mettre en ordre les affaires, ranger ses effets personnels et, en outre, célébrer les fêtes du 75e anniversaire du retour des moines. Ces fêtes annoncées pour le 20 septembre, que quatre évêques devaient honorer de leur présence, que tous les environs attendaient, ne pouvaient être décommandées sans risque de causer de la surprise et du scandale. En conséquence, il proposait donc d'accepter la sentence à condition que l'exécution en fut remise au 25 septembre. Retournant en son Abbaye, il y mettrait tout en ordre, célébrerait les fêtes du 20 puis disparaîtrait le 25 sans avoir rien dit à personne ni au dedans ni au dehors, ce à quoi il s'engageait formellement.

Les délégués répondirent qu'ils transmettraient cette proposition raisonnable au Père Général. On était au lundi '14 septembre vers midi. Le Père Abbé resta à Cîteaux, dans sa chambre, jusqu'au lendemain 15, à 13 h, sans voir personne, attendant toujours une réponse à sa proposition. Elle ne vint point mais il acquit, le mardi 15 dans la matinée, la certitude que le Père Abbé de Sept-Fons avait quitté Cîteaux et il supposa qu'il était allé à Tamié.

En effet, dès le lundi midi, sans donner au Père Abbé la réponse qu'il attendait, le Père Abbé de Sept-Fons et le Père Abbé de Tilbourg, montant en auto, partirent pour Tamié où ils arrivèrent vers 20 h, de suite, ils firent réunir les profès au Chapitre et le Père Abbé de Sept-Fons annonça qu'ils étaient délégués par le Chapitre Général pour faire part à la Communauté de la déposition de Dom Alexis qui avait voulu entreprendre une oeuvre en dehors et contre l'Ordre. Il ajouta que Dom Alexis, ayant appelé au Saint-Siège et déclaré qu'il retournerait à Tamié pour préparer son appel, était révolté et que, s'il venait à l'Abbaye, on devrait l'empêcher de célébrer la Sainte Messe. Les délégués prirent ensuite possession de l'administration. « C'est moi qui suis votre Supérieur, déclara l'Abbé de Sept-Fons » et, s'emparant du cabinet de Dom Alexis, ils obturèrent la serrure avec de la cire. Le mardi 15, le Père Abbé quitta Cîteaux vers 13 h. et demie son départ fut signalé à Tamié par un télégramme où l'on disait qu'il était parti sans laisser d'adresse. Il arriva à Albertville le mercredi 16, vers 8 h., et se fit monter en auto à Tamié.

Son dessein était de rentrer en possession de ses papiers personnels ; ayant appelé à Rome, il ne pouvait même pas se faire établir un passeport n'ayant par devers lui aucune pièce d'identité. Il se disait que, connaissant les habitudes de la maison et ayant la clef de son cabinet, il pourrait facilement entrer, prendre ce qu'il lui fallait et sortir sans être vu de personne et, par conséquent, sans causer aucun trouble. En effet, tous étant à la grand-messe, il put entrer sans être vu mais, arrivé devant la porte de son cabinet, il en vit la serrure obturée avec un bouchon de cire ! S'en remettant à la Providence, il sortit, toujours sans être vu, et prit, sous lapluie battante, la route de la gare. C'est alors que sa présence fut signalée à l'Abbaye par un passant. Aussitôt, les deux délégués de téléphoner à Cîteaux pour prendre des ordres et, la réponse reçue, de sauter en auto pour courir à la rencontre de Dom Alexis qu'ils supposaient monter à l'Abbaye, alors qu'il en descendait.

Quand ils le rencontrèrent, l'Abbé de Sept-Fons s'avança et lui reprocha d'être en révolte et de braver l'excommunication. Le Père Abbé lui fit observer qu'en ayant appelé au Saint-Siège et que cet appel étant suspensif, il ne pouvait être question de rien de ce genre. Dom Marie niant encore le caractère suspensif de l'appel, Dom Alexis lui fit remarquer qu'étant docteur en Droit canonique il savait à quoi s'en tenir. Dom Marie, hors de lui, témoigna que de ce Doctorat il s'en moquait. Dom Alexis lui fit alors observer comment on avait agi à son endroit avec peu de loyauté, ne faisant aucune réponse à la proposition qu'il avait émise à Cîteaux et partant précipitamment, malgré l'appel à Rome, pour s'emparer de son Abbaye : il ajouta que, si on avait voulu faire un scandale, on ne s'y serait pas pris autrement, que, pour lui, il ne souhaitait aucunement le scandale mais qu'il avait absolument besoin de ses papiers et qu'il les exigeait. Dom Marie déclara alors qu'il était autorisé à laisser Dom Alexis prendre ses papiers personnels en sa présence. « Très bien, répliqua Dom Alexis ; s'il en est ainsi, si vous me rendez mes papiers, pour bien montrer que je ne veux causer de trouble à personne, je retirerai même mon appel au Saint-Siège. — C'est cela, dit Dom Marie, vous allez reprendre vos papiers puis on vous donnera un indult de sécularisation et vous irez faire votre fondation comme vous voudrez. — C'est entendu. » Dom Alexis montant en auto avec les deux Abbés, rentra à Tamié ; arrivé devant la porte de sa chambre, il vit que la serrure était dégagée : avec sa clef il ouvrit et constata que rien n'avait été touché dans l'appartement, on ne s'était emparé que des clefs du coffre-fort.

À la hâte, pêle-mêle, il empila ses papiers en quelques valises. Quand ce fut terminé, comme il était trempé par la pluie, on lui offrit de changer d'habits, ce qu'il accepta ; ensuite l'Abbé de Sept-Fons lui offrit quelque argent pour parer à ses premiers besoins, ce qu'il refusa absolument. Par contre, il accepta 5 000 fr que Tamié lui offrit, et déclara qu'il se retirerait provisoirement à Rumilly chez les Bernardines, afin d'être plus à portée de rendre les services que ne manquerait pas d'exiger de lui la mise en ordre des affaires de l'Abbaye. Sur ce, les deux Abbés allaient se mettre à table, ils invitèrent Dom Alexis, il accepta mais ne put prendre qu'une tasse de café. Alors, sans voir personne, sans pouvoir embrasser ses chers enfants, il monta en voiture et fut conduit à Rumilly où il resta jusqu'au 11 octobre. Le 14 octobre il entrait à Boquen, l'Abbaye bretonne où devaient se retirer ses fils pour y commencer l'oeuvre pour laquelle l'ex-Père Abbé a tout sacrifié. Il y vit dans le souvenir et l'espérance. Boquen est situé dans la commune de Plénée-Jugon (Côtes-du-Nord). Cette Abbaye, fondée en 1137, habitée par les Cisterciens jusqu'en 1790, offre aux visiteurs le spectacle d'un site charmant, de ruines fort belles, entre autres celles de l'église dont la nef est du XIIe siècle, le choeur du XVe celles de la Salle capitulaire du XIIe siècle, celles d'un armorium fort curieux. Les bâtiments actuels datent du XVIIe siècle, ils sont fort délabrés à l'intérieur, leur mise en état exigerait de grosses dépenses, il n'en saurait être question pour l'instant tout au moins.

A noter en terminant, que le Procureur général de la Trappe, consulté pour avis par la Sacrée-Congrégation des Religieux après les lettres de Dom Alexis à Son Éminence le Cardinal La Puma, du mois de juillet, réussit à se faire remettre ces lettres et à faire repousser toute demande du Père Abbé. La réponse de la Sacrée-Congrégation, en effet, ne fut pas adressée à Dom Alexis, comme l'avait été celle de la Sacrée-Congrégation de la Propagande, mais -in Procureur même.

À noter encore qu'à Boquen l'ex-Père Abbé, s'il vit et entend toujours vivre en moine, ce que personne ne peut l'empêcher de faire, n'appartient plus à aucune famille religieuse : il ne dépend que de Son Excellence Mgr l'Évêque de Saint-Brieuc qui a bien voulu l'accueillir avec la plus entière bienveillance en son Diocèse.

 

(1) L'Ordre Cistercien compte deux branches indépendantes l'une de l'autre : l'Étroite Observance (Trappistes), la Commune Observance, laquelle renferme plusieurs Congrégations.

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