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Qui vous écoute, m’écoute

Le fondement de l’obéissance est une qualité de relation à l’autre. Certes la relation à Dieu est première mais elle se vit dans la rencontre de l’autre. Qui vous écoute, m’écoute. On a tendance à spiritualiser trop vite et à éliminer la dimension sacramentelle de l’autre. Dieu a voulu nous rejoindre dans notre condition humaine faite de chair et d’esprit dans le but de rétablir notre relation filiale avec Dieu par le sacrement du frère, de nous faire grandir dans la voie de l’amour. Or l’amour est relation à l’autre. Ce mystère est grand, dit s. Paul au sujet du mariage ; il est grand précisément parce qu’il fait de la relation spirituelle et charnelle à l’autre le signe et le sacrement de la relation avec Dieu. La vie commune est cela également. « La communion fraternelle, avant d’être un moyen pour une mission déterminée, est un lieu théologal où l’on peut faire l’expérience de la présence mystique du Seigneur ressuscité. (Vita consecrata n. 42)  

      Pourquoi alors cette tendance constante, dans le judaïsme déjà, dans le christianisme ensuite, de formuler des règlements, des observances qui font écran entre moi et l’autre ? J’obéis à l’observance mais je n’écoute plus le frère qui me sollicite. La parabole du samaritain illustre cela de façon dramatique. Certains voudraient que tout soit précisé et qu'on applique les décisions de l’autorité. Je conviens que certaines précisions sont utiles et nécessaires, surtout quand on veut exprimer l’unanimité de la communauté. Mais si la loi a une dimension symbolique qui nous renvoie à l'autre, trop de lois étouffent cette attention à l'autre. On ne voit plus que le précepte ou la rubrique et le but devient d’observer la loi au lieu d’entrer en relation d’obéissance avec mon frère. Ce sont toutes les disputes avec Jésus au sujet du sabbat, du jeûne et des autres observances. La relation d’amour à l’autre est oubliée et même inversée en relation conflictuelle de condamnation ! Nous sommes bien loin d’une relation de communion puisqu’on cherche même à tuer Jésus ! Tout codifier tue la communion. Alors que l'obéissance mutuelle est un chemin de vie, un chemin qui nous conduit à Dieu, nous dit s. Benoit.

      J’avais lu dans le Bulletin de Pradines cette citation de Newman : « Je n'imagine pas d'état de vie plus favorable pour l'exercice des principes chrétiens les plus élevés que celui de personnes qui diffèrent par les goûts et le tempérament, obligées de vivre ensemble et de s'accommoder mutuellement aux souhaits et aux engagements les unes des autres. »  Et la mère abbesse de Pradines commentait: « S'accommoder mutuellement aux souhaits et aux engagements les uns des autres, est-ce que ce ne serait pas simplement la manière dont nous sommes appelés à ne rien préférer au Christ ? C'est l'obéissance mutuelle, c'est se rendre sensible, perméable à ce que l'autre exprime, ou même n'exprime pas, mais souhaite. »

      Oui, savoir regarder, accueillir, deviner l'intention de l'autre et y communier, est plus difficile que d'obéir promptement à un ordre reçu. Cela demande plus d'amour, un amour plus caché mais plus profond, plus vrai. Quand on laisse agir l'autre, qu'on accueille son agir et qu'on y communie, cela n'est pas toujours perçu. Pensons au fait de chanter ensemble en communiant au rythme qui est imposé par le chantre et la communauté et de garder la justesse de la note. Mieux on communie à l'ensemble, moins les autres s'en aperçoivent ! La liturgie excelle en occasions de vivre ce laisser-faire de l'autre. C'est à tout instant qu'il faut synchroniser nos gestes avec ceux de l'autre, qu'il s'agisse des deux acolytes, des prêtres à l'autel, de distribuer ou de ramasser des feuilles. Or c’est peut-être dans le domaine de la liturgie qu’on a le plus tendance à vouloir tout réglementer. Il y a un juste équilibre à trouver en ce domaine car la liturgie nous est donnée et ne peut pas être laissée à la même improvisation que la vie courante.

      Ceci dit, on comprend mieux les réticences de certains fondateurs à rédiger une règle. Par contre, j’ai connu des jeunes qui se croyaient un charisme de fondateur et qui commençaient par rédiger un projet de règle très détaillé insistant évidemment sur le rôle du Supérieur qui serait le leur ! C’est s’approprier le qui vous écoute, m’écoute et lui ôter sa dimension sacramentelle présente dans tout l’Évangile, comme dans la Règle, où on nous demande de voir le Christ dans le frère, le pauvre, l’hôte, tout autant que dans l’autorité.

 

 



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