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les illuminés

Les Illuminés


Quel bonheur de savoir que le monde nous prend pour des illuminés !
(Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus)

Roman, paru en Hongrie en 1943, traduit en français par Henri BONNEL, aux Éditions du Seuil, 1948, 12 x 19 cm, 220 pages.


Ce livre suscita de vives réactions, d'abord positive à l'accueil du livre puis des critiques se sont élevées notamment au sujet de la trame de ce roman trop proche d'une histoire encore trop récente à l'époque.

 

Lettre de E. Lancelot - Orléans - 26 novembre 1948 à Dom Alexis Presse à Boquen

[...] Mon ami Joseph Folliet m’a remis un livre édité par Le Seuil Les Illuminés en me demandant : « N’est-ce pas Boquen ? » Je n’ai eu qu’à en parcourir les premières pages pour lui dire : « Incontestablement ! » Mais j’ai ajouté : « Étant donné que je connais l’humilité et la discrétion bénédictines et celle du R.P. Alexis, je crois pouvoir affirmer que ce livre est peut-être connu du TRP de Boquen, mais qu’il n’est pas de lui. » Ce que je tiens à vous dire, c’est que ce livre dont vous n’avez peut-être pas souhaité la publication, a bouleversé beaucoup de lecteurs chrétiens qui l’ont lu notamment à Lyon et que je connais des prêtres et des laïcs qui désirent connaître Boquen et notamment participer à son rayonnement spirituel. Je tiens à vous dire également qu’il a profondément touché tous les membres de ma famille et nous a rattachés à la fondation de votre monastère. Soyez certain, mon RP qu’on la circonstance il y a là un geste de la Providence qui a permis que vos intentions soient connues et qui explique en grande partie ce rayonnement difficile à traduire, qui attire vers vous non seulement les touristes, mais les âmes. J’ai tenu à vous exprimer ces sentiments et je suis certain que si malgré vous ce livre est propagé ce sera pour la plus grande gloire de Dieu et aussi pour l’extension de l’Ordre bénédictin que vous êtes en train de fonder.

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Lettre du supérieur du couvent des dominicains de St-Alban-Leysse, proche de Chambéry (connaissant bien dom Alexis à Tamié) - 30 novembre 1948

Mon Révérend et bien cher Père

Depuis 5 jours la communauté des Pères est en train de dévorer le roman Les illuminés. J’ai été le premier à le dévorer. Je crois bien que c’est de l’histoire qui n’a du roman qu’une légère affabulation et ce caractère invraisemblable qui donne aux faits d’être plus intéressants que ne le peuvent être les plus curieuses fictions. Êtes-vous tout de même descendu ainsi le long de la conduite d’un paratonnerre de la fameuse cellule ?

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Extrait de La Chronique de Boquen n° 27, p. 24

A propos d'un roman

Il a paru, ces derniers temps, un livre intitulé Les Illuminés par Bela Just. Il est de notre devoir de déclarer très nettement que Boquen n'est absolument pour rien dans la composition et la parution de cet ouvrage qui s'intitule roman, et l'est en réalité.

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Lettre de Béla Just à dom Alexis Presse

Ville d’Avray, le 8 décembre 1948
Mon Révérend Père,

Je vous avoue que c’est avec angoisse que j’ai ouvert votre lettre, reconnaissant l’écriture. Il m’est arrivé depuis la parution de mon livre tant d’ennuis que je n’aurais été surpris de lire une lettre rancunière de votre part, après la lettre injuste et fortement partiale de M. l’abbé Thiercelin. Je pensais souvent, ces derniers mois, à vous, et la pensée que vous pourriez avoir des inconvénients à cause de mon livre m’a chagriné plus que tout. Je vous aurait d’ailleurs écrit avant les saintes fêtes [Pâques], de toute façon.

Vous savez bien, mon Révérend Père, que mon intention, en écrivant ce roman, était pure et bonne. Donc, ma conscience est absolument tranquille. Seulement, il y a un proverbe qui dit que "le chemin de l’enfer est pavé de bonnes intentions". On peut donc causer beaucoup de mal avec les meilleures intentions, je le sais bien.

Ce qui me rassure du côté des lecteurs des Illuminés, ce sont les quelques vingtaine de critiques de journaux et d’hebdomadaires qui en parlent. Je vous recopierai demain, cher l’éditeur, quelques passages de chaque critique pour vous montrer que, loin de causer du scandale auprès des lecteurs qualifiés, il m’accablent de louanges et du point de vue spirituel.

Je comprends parfaitement la réaction de ceux qui se sentent visés par ce livre, quoiqu’en l’écrivant, j’eusse suivi le conseil d’un philosophe français, M. Gabriel Marcel, de garder l’objectivité. Je n’étais pas contre Cîteaux, ni pour le héros [...]

J’ai dit en commençant cette lettre, que j’avais eu pas mal d’ennuis à propos de mon livre. J’ai cité déjà la lettre véhémente de M. l’abbé Thiercelin. Fin d’août un billet m’arrive de Tamié où je devais passer une semaine, m’avertissant que le Père Abbé ne peut me recevoir. Et hier une lettre de l’abbaye de Hautecombe, où, suivant une tradition qui date de 1936, je désirais passer les fêtes de Noël.

"Cher Monsieur, écrit le P. Hôtelier, il m’aurait été très agréable de vous donner une bonne réponse, malheureusement je n’aurai pas de place pour Noël. Le Rme P. Abbé a lu Les Illuminés. Il me charge de vous dire que cette lecture lui a fait de la peine, à cause de l’amitié qui unit Tamié à Hautecombe, il aurait préféré que vous n’étaliez pas au grand jour en France les moments difficiles où a passé ce monastère qui vous a bien des fois reçu avec cordialité..."

[...] Tout ce que j’ai appris sur les événements de Cîteaux, de Tamié et de Boquen, c’est par une longue lettre d’Yves Monrozier (qui est Père Blanc) et en partie par le feu P. Marie, lors de mon séjour à Tamié en 1937, donc une année après l’événement.

Mon Révérend Père, en finissant cette lettre, je vous demande pardon de tous les inconvénients que mon livre vous cause. Mais j’espère, non, j’ai la ferme conviction qu’en fin de compte, il vous apportera plus de joies que de chagrins, en faisant connaître à des âmes l’oeuvre de Boquen.

Je vous prie de garder à l’égard de moi vos bons sentiments et votre affection. Veuillez croire à mon fidèle dévouement et à mes sentiments religieux. Votre Béla Just

À une autre lettre de dom Alexis, l’auteur répondit :

Ville d’Avray, le 12 avril 1949.

Mon Révérend Père

C’est au milieu d’un grand travail que votre carte m’est arrivée : j’écris un livre sur les circonstances et les dessous du procès de notre Cardinal, à la demande de "Témoignage Chrétien".

Dois-je vous dire que la nouvelle alarmante m’a plus que troublé ? C’est pourquoi je m’empresse de vous écrire, pour déclarer que je suis, naturellement, disposé de faire des déclarations devant n’importe quelle autorité religieuse en affirmant :

1- Que tout ce que j’ai appris, dans l’automne 1936 de l’affaire qui vous concerne, c’est de l’ancien étudiant en droit (ou stagiaire) Yves Jactor-Monrozier, devenu Père Blanc depuis. Comme sa famille, notamment son frère se trouve à Grenoble, je peux toujours avoir son adresse exacte. Je sais (de son frère que j’ai rencontré il y a deux ans à Grenoble) qu’il est quelque part en Afrique. C’est donc Yves Jactor-Monrozier, avec qui je m’étais lié lors de mon séjour à Tamié qui, dans une longue lettre me relatait ce qui s’était ou se serait passé à Cîteaux et à Tamié. Le reste est le produit de mon imagination.

2- Que non seulement vous n’avez pas connu ou inspiré mon roman - publié d’ailleurs en 1943 en Hongrie - mais lors de notre rencontre en 1947, par discrétion, j’ai évité de vous proposer à lire le manuscrit français.

Je suis donc disposé à déclarer cela, sous foi de serment. D’ailleurs, le livre publié : "Le forçat Mindszenty accuse" dont je crois avoir puissamment servi la cause de l’Église dans l’affaire douloureuse du Cardinal, de même que l’ouvrage qui va paraître, me donnent non seulement un certain prestige aux yeux des autorités ecclésiastiques les plus hautes, mais prouvent également qu’en écrivant Les Illuminés, je m’étais placé au-dessus des intéressés, ne retenant qu’un drame spirituel qui ne discrédite personne.

(Et qu’il me soit permis de vous dire entre parenthèses que si je suis responsable de ce qui est arrivé, M. Daniel-Rops n’en est pas moins responsable. C’est qu’il connaissait les premiers chapitres - si bien qu’il me donnait des conseils techniques que j’ai d’ailleurs suivis - ; mais à ce moment-là, il ne trouvait rien contre. Mais laissons cela...)

[Daniel-Rops professeur d’histoire au lycée de Chambéry était un ami de dom Alexis Presse et était venu plusieurs fois à Tamié. Il était au courant des problèmes que rencontrait l’abbé de Tamié et des événements de 1936.]

Sachez donc, mon Révérend Père que, à quelques points du monde où je me trouve, je serais volontiers à votre disposition. Et n’oublions pas que la vérité est toujours plus forte que le ressentiment, la déformation des faits ou les fausses allégations.

Les Trappistes ont tout fait pour freiner la vente du roman ou à le discréditer aux yeux de certains libraires. Toutefois, les critiques venues du côté catholique (France Catholique, Vie catholique, France 48) rassuraient ma conscience que la cause que j’avais servie était bonne.

Tenez-moi, s’il vous plaît, au courant des événements et croyez je vous prie, à ma haute considération ainsi qu’à mes sentiments religieux.

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Recension - France Catholique - 21 janvier 1949

Béla JUST - Les Illuminés, Éd. du Seuil, 1948

Le spirituel est un fait que le romancier ne saurait désormais négliger sans amoindrir sa conception même de l’Homme. Un Bernanos, un Graham. Greene après Bloy, Mauriac et tous les écrivains qui furent les initiateurs de la restauration du catholicisme dans la littérature contemporaine, en ont montré le rôle capital dans l’étude de l’âme humaine. Au delà de l’exploration purement psychologique, ils ont pénétré jusque dans le surnaturel, et après eux cette incidence sur le comportement de l’homme ne saurait être ignorée, sans que la vérité psychologique en soit sérieusement compromise.

À cet enrichissement de la matière romanesque, un jeune écrivain hongrois vient d’apporter une contribution qui mérite attention. M. Béla JUST, traducteur dans son pays de Mauriac, de Bernanos et de Malraux, a été, au cours d’une retraite à la Trappe, mis au fait d’une aventure réelle qui lui a inspiré le sujet des Illuminés. Ce livre cependant est un roman; il comporte donc toutes les licences qu’un écrivain d’imagination se permet avec la réalité; il paraît impossible toutefois de ne pas sentir dans ce récit l’accent d’une vérité authentique. Les faits vrais auxquels se rapportent Les Illuminés sont trop proches encore, paraît-il, pour que l’on puisse, sans inconvénients, chercher à discerner la part de l’affabulation et celle du fait historique. C’est donc comme un roman qu’il convient de lire ce récit attachant d’une entreprise spirituelle étonnante : celle-ci évoque, en pleine actualité contemporaine, les temps de la chrétienté où, sous l’impulsion de saints, naquirent ou furent restaurés les grands Ordres monastiques.

 

« Quel bonheur de savoir que le monde nous prend pour des Illuminés ! » écrivait sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, dont l’exclamation sert d’épigraphe au roman de M. Béla JUST et en explicite le titre. Toute aventure mystique, en effet, est aux yeux du monde une folie, dont la profonde et prévoyante sagesse n’apparaît souvent au commun qu’après de longs siècles. Il convient donc, avant d’ouvrir ce livre, de faire abstraction de nos courtes vues et s’imaginer contemporains d’un saint Benoît ou d’un saint Bernard, pour concevoir quelle part d’aventure comportaient, à leur origine, des tentatives dont l’histoire seule nous a permis de connaître les fruits éblouissants.

Cet effort imaginaire vers le retour aux origines est, pour un chrétien, un exercice salutaire, nécessaire même, peut-être, pour lui permettre de retrouver la sève vive de sa foi. Un ouvrage historique, tel que l’Histoire de l’Église, de M. Daniel-Rops, un pur roman comme La Puissance et la Gloire, de M. Graham Greene, nous remettent en effet, en faisant table rase des habitudes confortables dans lesquelles la foi risque de s’assoupir, face à l’essentiel, comme les premiers chrétiens qui eurent non à suivre une tradition déjà forte mais à choisir, parmi d’innombrables écueils, les voies sévères de la vérité. L’appel de Dieu, en effet, n’est point d’un siècle, mais de tous les temps. Il se renouvelle pour chaque homme en particulier, dans des circonstances différentes sans doute, mais dans des conditions qui sont intimement les mêmes que lors des premières communautés chrétiennes.

Dom Bernard, le héros des Illuminés, a entendu l’appel et a quitté le monde pour la Trappe, non seulement pour son propre salut, mais pour le salut de tous les hommes. Pensant qu’il n’y aura jamais pour eux trop de maisons dans la maison du Père, il a formé le projet de restaurer dans un monastère la Règle originelle de saint Benoît, à laquelle l’abbé de Rancé apporta jadis des modifications inspirées par le climat janséniste de l’époque. Incompris de ses supérieurs - comme il arriva à tant de saints que Dieu mit ainsi à l’épreuve - il montre qu’il ne s’agit pas, pour lui, d’une tentation de l’orgueil et il obtient de Rome la permission de relever, selon l’ancienne Règle, le monastère de Coray en Bretagne, tombé depuis 1793. Il s’y rend seul, n’y trouve que des ruines et s’attaque de ses mains à la restauration des pierres écroulées. Bientôt, un autre père vient l’y rejoindre et, peu à peu, les murs détruits se relèveront, En récompense de ce long labeur, des novices viendront un jour peupler cette demeure rendue à Dieu par l’effort opiniâtre de deux moines.

Dom Bernard n’aura pas seulement à vaincre les difficultés matérielles et physiques qu’implique une telle entreprise. Coray est situé auprès d’une forêt bretonne qui évoque la forêt de Brocéliande : les habitants sont à peu près retournés au paganisme, ils pratiquent toutes les superstitions, la sorcellerie est parmi eux en honneur et le monastère reviviscent est, pour eux, une citadelle ennemie. Nous ne savons dans quelle mesure la description est exacte : ces résurgences du paganisme cependant ne sont pas seulement imaginaires, on pourrait les déceler trop souvent dans maintes campagnes de France la moindre défaillance du christianisme laisse aussitôt réapparaître les coutumes primitives. Mais la maison de Dieu exerce un rayonnement intense : toutes les préventions des hommes d’alentour cèdent le jour où l’oeuvre de Dom Bernard reçoit la consécration d’un miracle.

Tel est, sèchement résumé, le beau récit de M. Béla JUST, écrit avec un naturel et une simplicité de ton, qui en authentifient les épisodes. On croirait lire parfois les Fioretti - ce qui n’est pas un mince éloge. Dans l’oeuvre quotidienne, si souvent humble dans sa matérialité, mais transfigurée par le don total à Dieu, l’auteur des Illuminés a réussi à faire passer le souffle des grandes aventures spirituelles. Et il s’agit bien d’une aventure, menée contre toute raison, avec l’aide constante de la Prière et de la Grâce, et menée à bien, car elle est la réponse à un appel d’En-Haut. M. Béla JUST se meut avec aisance dans le surnaturel : on n’oubliera pas de longtemps les belles pages où - est-ce en songe, est-ce en apparition ? - les moines de 1793 font connaître aux rénovateurs la tradition du monastère de Coray, abolissant merveilleusement ces cent cinquante ans d’abandon qui sont, tout juste, une seconde de l’éternité. Tout le livre d’ailleurs a ce charme prenant et nous plonge avec une impression de véracité singulière pour une oeuvre d’imagination dans le merveilleux de la spiritualité catholique.

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Recension dans La Vie catholique illustrée, n° 190 du 6 mars 1949 à propos des Illuminés :

"L'éditeur a intitulé ce livre roman. C'est davantage un récit et un récit qui est conforme à la vérité. C'est l'histoire racontée, sous une forme très vivante, de la réforme de certains monastères. Dom Bernard est jugé par le Chapitre des abbés parce qu'il veut réformer l'Ordre. Il le quitte et va s'installer dans une vieille abbaye détruite dans les Côtes-du-Nord. Il y fait refleurir la Règle dans son intégralité et cette terre ingrate, la terre bretonne qui l'entoure, devient une terre de miracles. Les noms ont été changés, mais il est permis de reconnaître là l'histoire de dom Alexis et de l'abbaye de Tamié. Ce récit, écrit dans un style nu est passionnant pour tous ceux que l'histoire de la spiritualité contemporaine intéresse."

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Lettre de JF Carra, prêtre, à St-Gounéo (Côtes-d’Armor), le 11 mars 1949 qui a transmis à dom Alexis la recension de La Vie catholique illustré :

Votre résolution de garder le silence concernant Les Illuminés se termine par une « tant pis ! » tout monacal et simplement héroïque...

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Les Études du 11 février 1949

Béla Just - Les Illuminés

Le publiciste hongrois qui a osé mettre en forme romancée le douloureux drame de l’abbaye de T... a manqué au respect que l’on doit aux âmes et à la vérité. le seul qui en puisse juger, dom A... proteste contre les fantaisies de l’évasion de Cîteaux et encore plus contre la fable de l’hostilité paysanne qui l’aurait accueilli à B... Quelle qu’en soient les intentions, ces procédés indélicats méritent à ce livre une juste réprobation.

Paul Doncoeur.

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Recension de La Croix du 13 mars 1949

Il ne me reste plus beaucoup de place pour dire les mérites du roman de M. Béla Just, auteur hongrois, traduit par M. Henri Bonnel. C'est à peine un roman, d'ailleurs. À quelques détails près, de nombreux lecteurs reconnaîtront l'histoire de ce moine cistercien qui, de nos jours, à relevé - seul au dapart- une abbaye en ruines pour y vivre en complète conformité avec la Règle de saint Benoît. Aventure humainement extraordinaire ; elle justifie cette réflexion de sainte Thérèse de Lisieux qui inspire le titre du livre : "Quel bonheur de savoir que le monde nous prend pour des illuminés !" Si austère que soit le sujet - pas de femmes, pas d'intrigue sentimentale ! - M. Béla Just réussit à tenir son lecteur en haleine. Ses personnages vivent d'une vie intense, qu'il s'agisse du héros, Dom Bernard ou de ce P. Anselme, bénéficiant de charismes que l'auteur sait suggérer avec un tact et une maîtrise qui rappellent le Bernanos de Sous le Soleil de Satan. Quel plus bel éloge lui décerner ?

Luc Estang

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Recension La Vie spirituelle - juin 1949

Jusqu’à ce jour, seuls quelques familiers de la vie cistercienne connaissaient l’épreuve par laquelle une abbaye avait passé, provoquant parmi ses membres une scission et de douloureuses séparations. Voici ces faits, que les années avaient estompés, jetés à présent dans le grand public. Cette révélation était-elle opportune ? Il ne le semble pas, car quand un fils a souffert du fait de sa mère, ils e garde bien de divulguer son secret et il porte sa souffrance en silence avec respect : et c’est ce qui le grandit. On se demande à quelles sources l’auteur de l’ouvrage a puisé  et pour quelles raisons il a jeté la lumière sur ces faits pénibles qu’on ne peut que regretter et qui ne seraient sans doute jamais produits si la sagesse et le grand bon sens d’un dom Chautard avaient pu apaiser les esprits.

Après avoir campé la personne du Père abbé qui a pris l’initiative d’une réforme estimée par lui comme un retour aux sources, l’auteur nous montre l’obscure croissance de l’idée incarnée en quelques religieux et laissant entrevoir de nouvelles perspectives d’avenir. Une fois dépassée l’impression pénible du début, on ne peut que sentir naître en soi une réelle admiration pour ces hommes que l’unique recherche de Dieu a poussés à de tels sacrifices et qui retrouvent, dans le dénuement la plus absolu, ce primat de la contemplation trop méconnu de nos jours.

Au total, un livre qui provoquera un salutaire examen de conscience et qui fera inconsciemment penser à la réflexion de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus : « Quel bonheur de savoir que le monde nous prend pour des illuminés ! »

L.J. Callens

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Lettre du F. Gabriel, abbaye de Bellefontaine - 14 juin (1949)

[...] Vous avez très bien fait de m’envoyer cette lettre de dom Alexis. Je n’ai peut-être pas été depuis lors une seule journée sans penser à cette affaire de Boquen.

Je puis dire sans exagération que ce qui me peine en tout cela, ce n’est pas l’ennui que nous pouvons en retirer, ce ne sont pas les éclaboussures que Cîteaux en reçoit, ni à plus forte raison les remarques pénibles faites au parloir par plusieurs familles de mes jeunes religieux qui viennent de lire Les Illuminés et qui laissent un doute dans la tête de plusieurs. Non. Ce qui me peine, c’est que la charité est blessée en tout cela. La charité, c’est Dieu. Je ne m’habitue pas à ces procédés des Illuminés, à cette supercherie sous le bouclier du mot ‘roman’, à ces insinuations, à ces véritables calomnies contre des moines, contre des prêtres, à ces disputes de clercs lancées dans le grand public qui rapportent de belles sommes à M. Béla JUST au détriment de la vérité, de la charité.

Ce n’est pas tout. L’on constate que des chrétiens, même des religieux semblent prendre un malin plaisir à ces révélations et n’ont pas même le réflexe chrétien élémentaire devant cette affaire. Ils en parlent dans des revues, vantent le style, en disent ce qu’il faut pour exciter chez leurs lecteurs le désir de farfouiller là-dedans, sans en dire trop pour ne pas être taxés de parti pris dans le différent. C’est infect. Les intérêts de l’Église, les intérêts de Dieu, qui s’en soucie parmi les recenseurs ? C’est à en pleurer. Voilà mon sentiment.

J’ai lu avec soin la lettre que dom Alexis a eu l’heureuse idée de me faire envoyer par vous.

Je ne connais pas dom Alexis. Mais j’aimerais mieux être dupe dix fois que de refuser de croire aux bonnes dispositions de quelqu’un qui affirme être de bonne foi et qui parle de paix. D’ailleurs, je n’ai aucune raison de douter. J’ai donc fait tirer à plusieurs exemplaires cette lettre de Béla JUST qui justifie dom Alexis dans l’affaire des Illuminés. J’ai envoyé une copie de la lettre à notre Père Abbé [de Bellefontaine alors absent] sachant que son coeur saignait à la pensée que dom Alexis aurait pu tremper dans cette saleté. J’en ai envoyé au Père abbé de Timadeuc [dom Alexis avait été moine de cette abbaye] à celui de Tamié [dom Alexis en était abbé quand il est parti pour Boquen], au P. Procureur général [de l’Ordre cistercien SO] à Rome, et je l’ai faite lire à plusieurs abbé : Grande-Trappe, Port-du-Salut. C’était une trop bonne nouvelle pour ne pas la répandre et je suis bien certain que tous se réjouiront de ce que la charité n’est pas été offensée en cela. Je vais écrire à dom Alexis aujourd’hui même. [...]

 

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Recension - Livres et lectures n ° 20, février 1949

Cette mise au point nous parvient au sujet d’un curieux ouvrage de Béla JUST Les Illuminés, que nous avons analysé dans notre numéro 16 (octobre 1946).

Écrit par un hongrois qui a travaillé lui-même à la traduction française, ce livre ne manque pas d’intérêt. C’est l’histoire d’un abbé trappiste qui pour se rapprocher de la Règle primitive de saint Benoît obtient l’autorisation de quitter son couvent et d’en fonder un autre dans des conditions effrayantes de pauvreté, de dénuement même et, malgré la mauvaise volonté de presque tous ceux qui devraient le soutenir. Bel exemple de courage, d’endurance, d’esprit surnaturel, de fidélité à la grâce. Mais était-ce là matière à roman ? Un récit de ce genre ne peut guère nous saisir que s’il est historique. Or ici, nous avons bien un fait réel à la base et dont les auteurs et témoins vivent encore ; Au point même qu’on se demande si pareille publication est bien opportune. Mais pour donner à son livre un intérêt plus dramatique, l’auteur a enjolivé la réalité, inventant, par exemple, au début une scène étrange : l’abbé mandé devant ses pairs, blâmé et enfermé par eux, s’évade en glissant le long d’un tuyau de gouttière. Invention encore, la farouche hostilité des paysans bretons contre la nouvelle abbaye, hostilité qui ne désarme que devant les miracles opérés par l’un des moines. Si bien qu’on se demande s’il n’eut pas mieux valu nous donner l’histoire authentique de cette fondation ou s’il est trop tôt, se taire en attendant l’heure ; Tel quel, ce récit met en vive lumière la force d’âme et l’austérité des moines mais quelle est sa portée s’il nous est donné comme partiellement imaginaire ?

En attirant l’attention sur des phénomènes étranges et d’ailleurs inventés : vision, guérisons, etc. ne risque-t-il pas, en effet, de déformer u peu chez le lecteur l’idée vraie de la vie contemplative ?

 

 

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L’auteur Béla JUST (1906-1954) fut un réfugié hongrois en France où il a connu la misère du monde ouvrier. Sans n’avoir jamais vécu dans la communauté de Tamié, il a fait plusieurs séjours à l’hôtellerie de l’abbaye. Son ouvrage Hajnali Ketto, édité à Budapest par Révai, en 1937, se situe à Tamié de juin à août 1934. Il est réédité à Budapest, toujours en hongrois, en 1989, avec la 4ème de couverture suivante :


Les Archives de l’abbaye de Tamié possèdent une traduction manuscrite de la première partie, par Mme Élisabeth Pfeiffer, sous le titre : À l’aube à deux.


Autres ouvrages du même auteur

- Un procès préfabriqué : l’affaire Mindszenty - 1949 - 178 pages

- La potence et la croix, récit - 1954 - 194 pages

- Le portefaix de Dieu, roman de l’apostolat ouvrier - 1955 - Mame - 307 pages
Allegro barbara - 1951
- Le forçat mindszenty accuse, textes choisis et présentés par Just Bela - 1949

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Béla Just

 (* 1906 in Budapest ; † 1954 auf Mallorca, (Spanien)) war ein ungarischer Schriftsteller, der Romane mit christlichem Hintergrund (unter anderem Priesterromane) verfasst hat.

Leben und Bedeutung

In Budapest geboren, verließ Just nach der kommunistischen Machtübernahme wegen seines katholischen Glaubens und seiner Überzeugung seine Heimat. 1946 hatte er das Lektorat für ungarische Literatur an den Universitäten Grenoble und Lyon inne. Nach 1949 (in diesem Jahre gab sich Ungarn eine Verfassung nach stalinistischem Vorbild) bat er in Frankreich um Asyl und lebte ganz seiner schriftstellerischen Arbeit. Bis zu seinem Tod lebte er im Exil in Frankreich und zuletzt auf Mallorca. Aufgrund einer durch einen Tritt auf einen Seeigel hervorgerufenen Sepsis wurde der Einsatz von Penicillin notwendig. Just war hochallergisch gegen Penicillin, er starb an einem anaphylaktischen Schock. Er ist in Palma de Mallorca beigesetzt.

In den 1950er und 1960er Jahren wurde Just viel gelesen, besonders Erleuchtete Toren (über die Schwierigkeiten der Klostergründung eines Reformordens der Zisterzienser bzw. Trappisten durch Alexis Presse), Der Lastträger Gottes (über einen Arbeiterpriester) und Der Mondfischer (Beschreibung einer unerfüllten Passion). Mehrere Werke spielen in Frankreich, Allegro barbaro in Ungarn, bei anderen gibt es keine eindeutige räumliche Zuordnung, was zweifellos vom Verfasser beabsichtigt wurde. Nach Verlagszeugnissen ist manches in den Romanen autobiographisch (zum Beispiel ist der Protagonist von Lastträger Gottes gleichfalls Exilungar).

Die deutschen Übersetzungen aus den 1950er Jahren sind sprachlich spröder als das französische Original; hier stören ungewohnte Verdeutschungen wie zum Beispiel Röstbrot statt Toast oder Mietwagen statt Taxi.

Die Werke von Just können nur auf dem Hintergrund seines persönlichen Glaubens, seiner christlichen Weltauffassung, verstanden werden. Sein Stil erinnert an François Mauriac (dessen Roman Ce qui était perdu er ins Ungarische übersetzt hat), ist aber zuweilen ironisch. Heftig geißelt er Heuchelei und pseudochristliche Doppelmoral. Er wird dem Renouveau catholique zugeordnet.
 
 
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