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L’Église qui célèbre

Mardi 17 novembre 2009 

Photo Wadoux

          Un évêque disait récemment à Benoît XVI : Très saint Père, vous mettez souvent en garde contre l’esprit du concile. Ne craignez-vous pas d’être mal compris ? Le pape répondit : Je vois très bien ce que vous voulez dire, mais trop de personnes se réclament de l’esprit du concile pour faire n’importe quoi. Et cet évêque de reprendre : Oui, saint Père, mais il y avait un esprit du concile ! Jean-Paul II pour le 25e anniversaire de la Constitution sur la liturgie, le 4 déc. 1988, rappelait cet esprit du concile :

            « Le temps paraît venu de retrouver le grand souffle qui a soulevé l'Église au moment où la Constitution Sacrosanctum Concilium a été préparée, discutée, votée, promulguée et où elle a connu ses premières mesures d'application. Le grain a été semé: il a connu la rigueur de l'hiver, mais la semence a germé, elle est devenue un arbre. II s'agit bien, en effet, de la croissance organique d'un arbre d'autant plus vigoureux qu'il plonge plus profond ses racines dans la terre de la tradition. (n.22) »[1]

 

            La question préalable quand on aborde la liturgie est de savoir ce que l’on veut célébrer.

            a) Depuis la nuit des temps, l’homme cherche à entrer en relation avec un Etre suprême dont il pressent qu’il tient l’existence. Il le fait par des invocations et des offrandes. Il offre soit les premiers-nés de son troupeau, soit les premiers fruits de sa récolte : c’est l’offrande des prémices. Nous retrouvons ces rites immémoriaux dans le rituel de la Pâque juive avec l’agneau et les pains sans levain.

            b) Mais Dieu a pris l’initiative de se révéler à Abraham puis au Peuple qu’il s’est choisi. Dieu a voulu d’abord que ce peuple soit un peuple libre car tout langage d’amour suppose et crée la liberté. Il établit avec ce peuple une alliance. C’est l’Exode, l’Alliance au Sinaï et le don de la Loi. Cet évènement de l’Alliance deviendra le cœur de la liturgie juive et jusqu’aujourd’hui la liturgie chrétienne fait mémoire de cette Alliance.

            c) De même que la liturgie juive de la Pâque assume et dépasse les cultes anciens de l’agneau et des pains sans levain en leur donnant une signification nouvelle, celle de l’Alliance de Dieu avec son Peuple, de même Jésus vient parfaire et dépasser le culte juif par le don de son Corps et de son Sang, le don de sa Vie pour le salut du monde, dans le cadre de la Pâque juive. L’Alliance de Dieu avec l’humanité est devenue Incarnation, Dieu fait homme, né d’une femme, la Vierge Marie. Il a vécu, il a souffert, il est mort, mais il est ressuscité et c’est tout le mystère de Jésus-Christ que nous célébrons dans l’Eucharistie. Comme le disait magnifiquement le Pape s. Léon, au 5e siècle : « Ce qui était visible en notre rédempteur est passé dans les mystères » (Serm 74,2), autrement dit, est passé dans la liturgie et les sacrements.

 

Éléments du culte chrétien

            Ce bref rappel laisse entrevoir les éléments essentiels du culte chrétien qui sont :

  1°- le Don de Dieu, sa Parole, sa volonté de faire Alliance avec les hommes, son Incarnation, tout ce dessein caché en Dieu de toute éternité et manifesté en Jésus-      Christ : c’est ce que saint Paul appelle le Mystère.

  2°- la réponse de l’homme depuis la foi d’Abraham, la conclusion de l’Alliance au Sinaï, alliance sans cesse trahie et toujours renouvelée, le OUI de Marie enfin, écho     parfait du OUI de Jésus à son Père, un OUI à la fois humain et divin.

            Tout culte chrétien comprend ces deux éléments essentiels : la Parole de Dieu et la réponse de l’homme, liturgie de la Parole et Prière eucharistique.

            3°- Dieu fait Alliance avec un Peuple : c’est une Assemblée qui célèbre et non un individu isolé. Tout culte se célèbre en Eglise.

            4°- Cette assemblée n’est pas une foule anonyme ; elle est constituée en tant que  Peuple par des ministres ordonnés et mandatés : apôtres, prophètes, prêtres… Ils sont signes du don de Dieu qui est premier et de la présence permanente de Jésus, l’unique  prêtre.

            5°- Ce culte s’exprime dans la culture humaine de cette Assemblée avec des gestes simples que l’on retrouve dans toutes les cultures : repas, bain, onction,… et dans la            langue de cette assemblée, pour lui permettre de répondre.  

            6°-  La réponse de l’assemblée s’unifie dans le chant. Le chant n’est pas avant tout un désir d’embellir la célébration par de la musique mais une acclamation qui soude        l’assemblée, par exemple le chant d’entrée, le Sanctus ou les acclamations au cours de la Prière Eucharistique.

            7°- Ce culte se célèbre dans un lieu. Ce lieu n’est pas pour Jésus le Temple [2] mais là où se réunit l’assemblée. L’assemblée est première, et cela dès le Jeudi Saint et au       début de l’Eglise : Ils étaient assidus à l’enseignement des Apôtres, à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. (Act 2,42) Le texte précise qu’ils célébraient la fraction du pain, l’Eucharistie, dans des maisons.

            8°- Le dernier élément qui n’est pas à négliger est le Temps, qu’il s’agisse des temps de prière durant la journée ou du temps où se célèbre l’Eucharistie, le dimanche, Jour du Seigneur, mémorial de la Résurrection. Viendront s’y ajouter les temps liturgiques comme le carême, le temps pascal, l’Avent, le temps ordinaire

Développement et évolution constante de la liturgie chrétienne

            La Révélation est close avec la mort des derniers apôtres. Très vite l’Eglise a défini le Canon des Écritures, la liste officielle des Livres qui sont porteurs de la Parole de Dieu. Les Juifs ont fait de même et presque à la même époque. L’Eglise a pris le Canon juif des Ecritures et y a ajouté les Ecrits du Nouveau Testament. La Parole de Dieu n’est pas enfermée dans la Bible, mais il n’y a pas d’autre Parole de Dieu à attendre depuis que Dieu nous a tout dit en son Fils, Jésus, qui est le Verbe de Dieu, sa Parole créatrice et son Alliance définitive avec l’humanité. Voici mon Corps, voici mon Sang, le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle.

            Mais il n’y a jamais eu un Canon du Culte chrétien. L’unité qui existe entre les différentes liturgies se fonde sur la Foi commune, la Parole de Dieu et la présence de Jésus à son Eglise. Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux. Depuis son Ascension, c’est dans l’Esprit qu’il est présent. L’Esprit Saint est l’âme de toute liturgie par l’épiclèse ou prière au Père pour demander l’Esprit. Il n’y a pas de liturgie sans épiclèse : cette vérité pieusement conservée dans les liturgies orientales avait été oubliée en Occident. Vatican II l’a remise en honneur.         

            Très tôt la liturgie a connu différentes formes d’expression suivant les cultures et les langues : en grec, en syriaque, en arménien, en éthiopien, en latin à Rome, en slave au 9e siècle, en arabe et aujourd’hui dans toutes les langues de la planète. Certaines liturgies, souvent pour des raisons politiques, sont demeurées figées dans une langue que les fidèles ont cessé de comprendre, d’autres ont suivi l’évolution de leur culture. Ainsi la liturgie romaine a eu la sagesse de passer du grec au latin en 370, avec le Pape Damase. Ensuite, alors que le peuple ne comprenait plus le latin on a préféré s’orienter vers une liturgie en silence pour la prière eucharistique. Coupée de la culture ambiante, la liturgie romaine est devenue l’affaire exclusive des clercs et, de plus en plus, un culte individuel pouvant se passer de l’assemblée ! Il l’est encore parfois ! La participation de l’assemblée s’est coupée de la célébration. On communiait très rarement, d’où le désir grandissant, à partir du 12e siècle, de contempler l’hostie. C’est à Paris, je crois, que le prêtre a commencé à élever l’hostie après la consécration avec aussi la volonté d’affirmer la présence réelle. J’ai connu encore le temps où on communiait avant et après la messe et jamais à la grand-messe paroissiale du dimanche. La première communion s’appelait la communion privée, vraie contradiction dans les termes ! La participation de l’assemblée s’est alors limitée à quelques gestes. Elle n’était plus une réponse à la Parole de Dieu que le prêtre lisait pour lui-même à l’autel.

            On avait ainsi une Eucharistie sans Parole de Dieu et sans communion ! Vous comprenez la revendication de Luther avec sa traduction de la Bible en allemand et son insistance sur le sacerdoce des laïcs pour se réapproprier une liturgie confisquée par le clergé. Par réaction contre Luther, le Concile de Trente a réaffirmé la vraie doctrine, en particulier dans le culte. Une volonté de rétablir l’unité, conjuguée avec la diffusion de l’imprimerie et la découverte du Nouveau Monde ont donné une liturgie apparemment figée et uniforme pour le monde entier, jusqu’en Afrique et en Asie. Ce fixisme toutefois, n’était qu’apparent. De grands spirituels et savants au 17e et surtout au 18e siècle ont étudié les liturgies orientales. Le P. Lebrun a même édité en 1716 une traduction des différentes liturgies, y compris, dans le 4e volume les textes des différentes célébrations du culte protestant. Ces travaux montraient qu’une évolution demeurait possible dans  la liturgie romaine et ils serviront au mouvement liturgique qui conduira à Vatican II.

 

Débuts du renouveau liturgique

            Au 19e siècle, dom Guéranger, fondateur de Solesmes, sensibilisera le peuple chrétien aux richesses de la liturgie et en favorisera l’intelligence. Mais il se gardera bien de traduire la prière eucharistique. Dans son souci d’unité, il rêvait même d’un retour des Eglises orientales à l’unicité du culte latin ! Saint Pie X en 1903 avec sa perception beaucoup plus pastorale de la liturgie, souhaitait « une participation active aux mystères sacro-saints et à la prière publique et solennelle de l’Eglise ». Cette formule sera sans cesse reprise et on la retrouve une douzaine de fois dans les textes de Vatican II. Pie X favorise la communion pour les enfants, promeut la communion fréquente, encourage le chant grégorien par l’assemblée. Tous ces efforts ont porté du fruit mais ils butaient sur la difficulté principale et insurmontable, celle de la langue. Des missels pour les fidèles se sont multipliés qui donnaient la traduction de tous les textes mais il restait la difficulté de suivre en traduction un texte prononcé en silence. Peu à peu, après la guerre, les lectures sont faites à l’assemblée dans la langue du pays pendant que le prêtre continuait de lire le texte latin à l’autel. Pie XII permit des rituels bilingues pour la France et l’Allemagne mais on devait garder en latin la formule sacramentelle, avec le risque de la faire apparaître comme une formule un peu magique. Tout un mouvement liturgique né en Belgique avec dom Beauduin se répandit en Allemagne et en France à partir de 1909, il y a 100 ans Des études scientifiques se sont multipliées, la revue La Maison Dieu a débuté en 1945. Un moine bénédictin allemand, dom Casel, a approfondi la dimension de mystère de la liturgie et le Cal Ratzinger déclarait que c’était là « l’idée théologique peut-être la plus féconde de notre siècle ». Le grand renouveau a commencé avec la réforme de la Vigile pascale  en 1951, puis de toute la Semaine Sainte en 1955. A partir de cette réforme, on prit l’habitude de lire la Parole de Dieu dans la langue du Peuple. Des religieux non prêtres, non tenus au bréviaire, ont suivi l’exemple des Frères de Taizé et ont célébré l’Office en français. Le Père Gélineau édite alors les premiers Psaumes en français. Tout cet effort culmine, en sept 1956, au Congrès de liturgie à Assise qui rassembla 6 cardinaux, plus de 60 évêques et 1400 spécialistes venus du monde entier, même de Chine et d’Afrique.

            Ce Congrès se clôtura à Rome par un long discours de Pie XII où il désigna le renouveau liturgique comme « un signe du passage du Saint Esprit dans son Église ». Sans cesse revint au cours du Congrès la préoccupation de Pie X : ‘ la participation active et consciente des fidèles à la célébration des saints mystères’. De ce principe découlaient :

-  le désir de plus en plus accentué d’un usage plus grand de la langue vernaculaire ;

-   un plus grand choix de lectures bibliques ;

-  une réforme profonde des rites sacramentels pour les rendre plus intelligibles, à l’image de ce qui vient d’être réalisé pour la Semaine Sainte ;

-  rendre  au dimanche son caractère pascal ;

réformer l’Office divin pour lui rendre sa fonction de sanctification des différentes heures du jour ;

-  le désir de voir rétablie la concélébration.

 

Et le Père Antonelli, rapporteur de la Congrégation romaine des Rites pouvait déclarer à ce Congrès d’Assise : « …la réforme liturgique de la Semaine Sainte constitue l’acte le plus important de l’histoire de la liturgie de saint Pie V à nos jours… et nous pouvons ajouter qu’elle représente le pas le plus décisif vers cette réforme générale de la liturgie que tout le monde attend et appelle [3]. » Nous sommes en 1956. Pie XII mourra en 1958 !

Vingt-cinq ans après le vote de la Constitution sur la Liturgie, Jean-Paul II écrit : « Une telle réforme d'ensemble de la liturgie répondait à une attente générale dans l'Église. Car l'esprit liturgique s’était répandu de plus en plus dans presque tous les milieux, avec le désir d'une participation active aux mystères sacrosaints et à la prière solennelle de l'Église, avec aussi l’aspiration à entendre la parole de Dieu plus largement. (n.4) »

 

La liturgie selon Vatican II

Cette introduction vous permet de comprendre pourquoi, parmi les documents préparatoires au Concile, celui sur la liturgie fut le seul qui fut immédiatement accepté comme base de discussion par les Père conciliaires. Les autres schémas, celui sur la Parole de Dieu et celui sur l’Eglise ont été renvoyés pour être profondément transformés. Ainsi le Concile s’est ouvert par une réflexion sur la Liturgie et ce sera le premier document voté, le 4 déc.1963. Aussi, refuser la Constitution sur la liturgie, c’est refuser Vatican II.

 

Chapitre 1 : Il est grand le Mystère de la foi 

 

Il faut bien nous entendre sur ce qu’est la liturgie. Dans son Encyclique  Mediator Dei  du 20 nov. 1947, Pie XII excluait deux fausses conceptions de la liturgie :

-   celle qui réduit la liturgie à des célébrations extérieures ;

-  celle qui l’identifie aux règles d’application ou rubriques.

Voici ce que dit le Concile dès le début de la Constitution Sacrosanctum Consilium :

 n° 2 : En effet, la liturgie, par laquelle, principalement dans le divin sacrifice de l'Eucharistie, "s'exerce l'œuvre de notre rédemption", contribue au plus haut point à ce que les fidèles, en la vivant, expriment et manifestent aux autres le mystère du Christ et la nature authentique de la véritable Eglise, dont le propre est d'être à la fois humaine et divine, visible et dotée de dons invisibles, pleine d’ardeur dans l'action et adonnée à la contemplation, présente dans le monde et cependant en chemin.  

            Comment la liturgie va-t-elle exprimer le mystère du Christ ? Essentiellement en prenant conscience que le Christ ressuscité demeure l’unique prêtre de la liturgie. C’est lui qui se rend présent et qui offre au Père son propre sacrifice. Le Concile énumère les différents modes de cette présence. Ne réduisons pas la présence du Christ à l’hostie consacrée !

n° 7 : Pour accomplir une si grande œuvre, le Christ est toujours présent à son Eglise, surtout dans les actions liturgiques. Il est là présent dans le sacrifice de la messe, dans la personne du ministre, "le même qui s’offre maintenant par le ministère des prêtres, s'offrit alors lui-même sur la croix", et au plus haut degré, sous les espèces eucharistiques. Il est là présent par sa puissance dans les sacrements si bien que lorsque quelqu'un baptise, c'est le Christ lui-même qui baptise. Il est là présent dans sa parole, puisque lui-même parle pendant que sont lues dans l'Eglise les Saintes Ecritures. Enfin il est là présent quand l'Eglise prie et chante les psaumes, lui qui a promis : "Là où deux ou trois sont rassemblés en mon nom, je suis là, au milieu d'eux" (Mt 18,20).

De fait, pour une si grande œuvre, par laquelle Dieu est parfaitement glorifié et les hommes sanctifiés, le Christ s'associe toujours l'Eglise, son Epouse bien-aimée, qui invoque son Seigneur et qui, par la médiation de celui-ci, rend son culte au Père éternel. 

La liturgie est donc considérée à juste titre comme l'exercice de la fonction sacerdotale de Jésus-Christ, exercice dans lequel la sanctification de l'homme est réalisée d'une manière propre à chacun d'entre eux, et dans lequel le culte public intégral est exercé par le Corps mystique de Jésus-Christ, à savoir par le Chef et par ses membres.

Par conséquent, toute célébration liturgique, en tant qu'œuvre du Christ prêtre et de son Corps qui est l'Eglise, est l'action sacrée par excellence dont nulle autre action de l'Eglise n’égale l'efficacité au même titre et au même degré.

Toute liturgie a donc à la fois une dimension humaine mais aussi une dimension divine et éternelle qu’il faut laisser transparaître.

n° 8 : Dans la liturgie terrestre nous participons, en y goûtant par avance à cette liturgie céleste qui est célébrée dans la sainte cité de Jérusalem, vers laquelle nous tendons dans notre pèlerinage, et où le Christ est assis à la droite de Dieu, comme ministre du sanctuaire et de la vraie tente ; avec toute la milice de l'armée céleste nous chantons au Seigneur l'hymne de gloire ; en vénérant la mémoire des saints, nous espérons partager leur communauté ; nous attendons comme Sauveur notre Seigneur Jésus-Christ, jusqu'à ce que lui-même, qui est notre vie, se manifeste et que nous soyons manifestés nous-mêmes avec lui dans la gloire.

         On ne peut comprendre et vivre la liturgie chrétienne que si on entre dans le mystère. Ce mystère si bien décrit par s. Paul et qui est tout le dessein d’amour de Dieu envers l’humanité, depuis la Création jusqu’à aujourd’hui. C’est le mystère d’alliance révélé dans l’Ancien Testament, l’Alliance de Dieu avec son Peuple au Sinaï lors de l’Exode et que célèbre aujourd’hui encore le peuple juif. Jésus a voulu inscrire sa Passion et sa Résurrection dans ce mystère pascal juif. En instituant l’Eucharistie il en fait le sacrement de l’Alliance nouvelle et éternelle. Pour entrer à notre tour dans cette Alliance il nous faut d’abord entendre la Parole de Dieu et y répondre par l’obéissance de notre foi.

             

Chapitre 2. L’Esprit Saint nous fait entrer en Eglise dans le Mystère  

n° 6 : … le jour même de la Pentecôte où l'Eglise apparut au monde, "ceux qui accueillirent la parole" de Pierre "furent baptisés". "Et ils étaient assidus à l'enseignement des apôtres, à la communion fraternelle dans la fraction du pain et aux prières ... louant Dieu et ayant la faveur de tout le peuple" (Ac 2,41-47). Jamais, depuis lors, l'Eglise n'omit de se réunir en commun  pour célébrer le mystère pascal ; en lisant "dans toutes les Ecritures ce qui le concernait" (Lc 24,17), en célébrant l'Eucharistie dans laquelle "sont rendus présents la victoire et le triomphe de sa mort" et, en même temps, en rendant grâces "à Dieu pour son don ineffable" (2 Co 9,15) dans le Christ Jésus, "pour la louange de sa gloire" (Ep 1,12) par la puissance de l'Esprit-Saint. 

         Assidus à l'enseignement des apôtres, à la communion fraternelle dans la fraction du pain et aux prières. S’appuyant sur ce texte des Actes, le Concile ne cesse de rappeler le caractère communautaire de la liturgie. L’assemblée est première, c’est pour elle et avec elle que se célèbre la liturgie.

n° 26 : Les actions liturgiques ne sont pas des actions privées, mais des célébrations de l'Eglise, qui est "le sacrement de l'unité", c'est-à-dire le peuple saint réuni et ordonné sous l'autorité des évêques. C'est pourquoi elles concernent le corps tout entier de l'Eglise, elles le manifestent et elles l'affectent ; mais elles atteignent chacun des membres, de façon diverse, selon la diversité des ordres, des fonctions et de la participation effective.

n° 33 : En effet, dans la liturgie, Dieu parle à son peuple ; le Christ annonce encore l'Evangile. Le peuple, de son côté, répond à Dieu par les chants et la prière. Bien plus, les prières adressées à Dieu par le prêtre, qui préside l'assemblée en la personne du Christ, sont formulées au nom de tout le peuple saint et de tous les assistants. Enfin les signes visibles, que la sainte liturgie utilise pour signifier les réalités divines invisibles, ont été choisis par le Christ ou l'Eglise

n° 41 : C'est pourquoi tous… doivent être convaincus que la principale manifestation de l'Eglise réside dans la participation plénière et active de tout le saint peuple de Dieu aux mêmes célébrations liturgiques, surtout à la même Eucharistie, dans une seule prière, auprès de l'autel unique où préside l'évêque entouré de son presbyterium et de ses ministres.

 

Chapitre 3. Participation active et consciente de l’assemblée

         Si la liturgie est une entrée dans le mystère et une réponse à Dieu qui nous parle, elle suppose la participation active et consciente de ceux qui la célèbrent.

n° 48 : C’est pourquoi l’Eglise s’applique avec un soin attentif à ce que les fidèles n'assistent pas à ce mystère de la foi comme des spectateurs étrangers et muets, mais que, le comprenant bien à travers les rites et les prières, ils participent de façon consciente, pieuse et active à l'action sacrée, se laissent instruire par la parole de Dieu, refassent leurs forces à la table du Corps du Seigneur, rendent grâces à Dieu, et qu'offrant la victime sans tache, non seulement par les mains du prêtre, mais aussi en union avec lui, ils apprennent ainsi à s'offrir eux-mêmes et soient conduits de jour en jour, par le Christ Médiateur à la perfection de l'unité avec Dieu et de l’unité entre eux, pour que, finalement, Dieu soit en tous.

n° 11 : C'est pourquoi les pasteurs ont le devoir de veiller attentivement non seulement à ce que dans l'action liturgique soient observées les lois pour une célébration valide et licite, mais aussi à ce que les fidèles participent à celle-ci de façon consciente, active et fructueuse.  

n° 14 : La mère Eglise désire fortement que tous les fidèles soient amenés à cette participation pleine, consciente et active aux célébrations liturgiques, qui est demandée par la nature de la liturgie elle-même et qui, en vertu du baptême, est un droit et un devoir pour le peuple chrétien, "race élue, sacerdoce royal, nation sainte, peuple que Dieu s’est acquis"(1P 2,9 cf. 1P 2,4-5). Cette participation pleine et active de tout le peuple doit être recherchée avec le plus grand soin dans l’œuvre visant à restaurer et à promouvoir la liturgie

Pour permettre cette participation active et fructueuse le texte conciliaire donne quelques orientations très pratiques :

n° 30 : Pour promouvoir la participation active, on favorisera les acclamations du peuple, les réponses, le chant des psaumes, les antiennes, les cantiques et aussi les actions ou gestes et les attitudes corporelles. On observera aussi en son temps un silence sacré.

n° 50 : Le rituel de la messe sera révisé de telle sorte qu’apparaissent plus clairement la raison d’être propre de chacune des parties et leur connexion entre elles, et que soit rendue plus facile la participation pieuse et active des fidèles.

n° 79 : Les sacramentaux seront révisés, en tenant compte de la règle primordiale de la participation consciente, active et facile des fidèles, et en prenant en considération les nécessités de notre temps… on pourra aussi ajouter de nouveaux sacramentaux, selon que les besoins l’exigent.

n° 114 : … les évêques et les autres pasteurs veilleront soigneusement à ce que, dans n'importe quelle action sacrée qui doit se célébrer avec chant, toute l'assemblée des fidèles puisse assurer la participation active qui lui revient en propre, conformément aux articles 28 et 30.

 

Chapitre 4. Rénovation et Adaptation de la liturgie pour tous les Peuples

            Pour obtenir cette participation consciente et active de l’assemblée, une révision générale de la liturgie s’imposait. Célébrée jusqu’ici par le prêtre devant une assemblée muette qui se contentait d’assister, la liturgie devait retrouver une forme plus dialogale comme y invite le début de la Prière eucharistique : Le Seigneur soit avec vous./ Et avec votre esprit.// Elevons notre cœur./ Nous le tournons vers le Seigneur.// Rendons grâce au Seigneur notre Dieu./ Cela est juste et bon.// Ce dialogue très ancien nous vient de la liturgie juive. 

n° 21 : Pour que le peuple chrétien bénéficie plus sûrement de l’abondance des grâces dans la liturgie, la sainte Mère l'Eglise désire veiller avec soin à la restauration générale de la liturgie elle-même. En effet, la liturgie comporte une partie immuable, en tant que divinement instituée, et des parties sujettes au changement, qui peuvent varier au cours des âges ou même le doivent, si s'y sont introduits des éléments qui correspondent moins bien à la nature intime de la liturgie ou si ces parties sont devenues moins appropriées.

Dans le cadre de cette restauration, il faut régler l’ordonnancement des  textes et des rites de telle façon qu'ils expriment plus clairement les réalités saintes qu'ils signifient, et que le peuple chrétien, autant que possible, puisse les saisir facilement et y participer par une célébration pleine, active et proprement communautaire.

            Pour cette  rénovation, le concile veut que la sainte tradition soit maintenue et que, néanmoins, la voie soit ouverte au légitime progrès.(cf. n° 23) Le Concile ne craint pas d’affirmer que ce travail de restauration est voulu par Dieu pour son Eglise aujourd’hui.

n° 43 : Le zèle pour le développement et la restauration de la liturgie est tenu à juste titre comme un signe des dispositions providentielles de Dieu au sujet du temps présent, comme un passage du Saint-Esprit dans son Eglise et il imprime sa marque propre à la vie de celle-ci, bien plus, à toutes les formes de sensibilité et d’action religieuses de notre temps.

            Nous retrouvons la constatation du passage du Saint Esprit dans son Eglise qu’avait déjà faite Pie XII en 1956. Quelques points font l’objet d’une attention particulière :

Place plus importante donnée à la Parole de Dieu :

n° 24 : Dans la célébration de la liturgie, la Sainte Ecriture est de la plus grande importance. C'est d'elle que sont tirés les textes qui sont lus et qui sont expliqués dans l'homélie, ainsi que les psaumes qui sont chantés ; c'est sous son inspiration et sous son impulsion que les prières, les oraisons et les hymnes liturgiques ont pris naissance et c'est d'elle que les actions et les signes reçoivent leur signification. Par conséquent, pour procurer la restauration, le progrès et l'adaptation de la sainte liturgie, il faut promouvoir ce goût vif et exquis de la Sainte Ecriture qu’atteste la vénérable tradition des rites tant orientaux qu'occidentaux.

n° 51 : Pour apprêter plus richement pour les fidèles la table de la Parole de Dieu, on ouvrira plus largement les trésors de la Bible, de façon que, en l’espace d’un nombre d'années déterminé, la partie la plus importante de la Sainte Ecriture soit lue au peuple.

 

Simplification des rites

n° 34 : Les rites se distingueront par une beauté faite de noble simplicité, seront transparents du fait de leur brièveté et éviteront les répétitions inutiles, seront adaptés à la capacité de compréhension des fidèles et, en général, n’auront pas besoin de beaucoup d’explications.

Un geste symbolique parle de lui-même. Trop d’explications risquent de détourner l’attention et de nuire à son efficacité. 

n° 79 : Les sacramentaux seront révisés en tenant compte de la  règle primordiale de la participation consciente, active et facile des fidèles, et en prenant en considération les nécessités de notre temps. A l’occasion de la révision des rituels conformément à l’article 63, on pourra aussi ajouter de nouveaux sacramentaux, selon que les besoins l’exigent…

Il sera prévu que certains sacramentaux, du moins dans des circonstances particulières et au jugement de l'Ordinaire, puissent être administrés par des laïcs dotés des qualités requises.

Importance de la langue et conséquences

            Tous ces efforts n’auraient aucun sens si la langue demeurait incomprise des fidèles. C’est une évidence qu’on a trop longtemps refusé de considérer. Timidement encore, mais résolument, le concile ouvre de nouvelles possibilités de recourir à la langue du pays. Au fur et à mesure que les permissions seront données, on en élargira les applications.

n° 36 :

 1. L'usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera maintenu dans les rites latins.

 2. Toutefois, du moment que pour la messe ou l'administration des sacrements ou pour les autres parties de la liturgie, le recours à  la langue du pays peut être souvent fort utile pour le peuple, il sera permis de ce fait de lui accorder une place plus importante, surtout dans les lectures et les admonitions, dans un certain nombre d’oraisons et de chants, en conformité avec les normes qui sont établies sur chaque point en cette matière dans les chapitres suivants.

Adaptation aux cultures

            Pouvait-on s’arrêter là ? Simplifier les rites, les rendre intelligibles, exigeait, sur le plan mondial, non seulement d’avoir recours à la langue locale mais aussi, comme l’Eglise l’a toujours fait, d’introduire des éléments de la culture locale. Le rite romain a été pensé dans une culture latine qui n’existe plus aujourd’hui. Il faut le repenser dans la culture japonaise, chinoise, indienne, latino-américaine, africaine et, chez nous, dans la culture qu’on appelle postmoderne. Cette adaptation se fera en fonction de ce qui a été dit plus haut au n° 21 : La liturgie comporte une partie immuable, celle qui est d’institution divine, et des parties sujettes au changement qui peuvent varier au cours des âges ou même le doivent.

n° 37 : Dans les domaines qui ne touchent pas la foi ou le bien de toute la communauté, l'Eglise ne désire pas, même pas dans la liturgie, imposer la forme rigide d'une formulation unique ; bien au contraire, elle cultive et promeut les qualités et les dons des divers nations et peuples ; tout ce qui, dans les mœurs de ces peuples, n'est pas lié de façon indissoluble à des superstitions et à des erreurs, elle l'examine avec une bienveillante attention et, si possible, elle le conserve sans altération ; bien plus, elle l'admet quelquefois dans la liturgie elle-même, pourvu que cela puisse se concilier avec les principes d'un véritable et authentique esprit liturgique.

 n° 38 : L'unité substantielle du rite romain étant sauve, on acceptera des différences légitimes et des adaptations aux diverses communautés, régions et aux divers peuples, surtout dans les missions, même lors de la révision des livres liturgiques ; ce principe doit être pris en considération, de façon opportune, pour l’aménagement de la structure des rites et la fixation des rubriques.

            L’approbation du rite romain pour les diocèses du Congo – appelé à tort Rite zaïrois – montre qu’on peut aller fort loin dans cette adaptation sans nuire à l’unité.

 

Urgence de cette rénovation

            Le Concile ne craint pas de reconnaître que ce travail est devenu urgent :

n° 25 : Les livres liturgiques seront révisés au plus tôt ; à cette fin on fera appel à des experts et on consultera des évêques, de diverses régions du monde.

n° 40 : Cependant, comme en différents lieux et en différentes circonstances, des adaptations plus profondes de la liturgie sont urgentes, ce qui rend l’entreprise plus difficile :

1.- L’autorité ecclésiastique compétente pour le territoire… examinera avec une prudente attention ce qui, en ce domaine, à partir des traditions et du génie de chaque peuple, peut opportunément être admis dans le culte divin…

2.- …le Siège apostolique concèdera à cette autorité ecclésiastique territoriale la faculté de permettre et de diriger, le cas échéant, pour un temps limité et dans des assemblées qui y sont adaptées, les expériences préalables nécessaires. 

 

En résumé

S’il fallait résumer la richesse de cette Constitution sur la Liturgie, je soulignerais trois points :

§   toute célébration liturgique est une célébration du mystère, à savoir le dessein d’amour de Dieu révélé et manifesté en Jésus-Christ, prêtre unique et toujours présent dans nos liturgies ; un meilleur contact avec la Parole de Dieu et la mise en valeur de l’épiclèse, ou invocation de l’Esprit Saint, veulent nous aider à entrer dans le mystère. Jean-Paul II y insiste dans sa Lettre Apostolique Vicesimus quintus : « Parce que la mort du Christ en croix et sa résurrection constituent le contenu de la vie quotidienne de l'Église et le gage de sa Pâque éternelle, la liturgie a pour première tâche de nous ramener inlassablement sur le chemin pascal ouvert par le Christ, où l'on consent à mourir pour entrer dans la vie. (n.6) »

§  toute liturgie est une célébration ecclésiale où l’assemblée a le droit et le devoir de participer activement pour entrer dans l’alliance proposée par Dieu à son Peuple en Jésus ; tout doit être mis en œuvre pour favoriser la participation active et consciente de tous. Je cite encore Jean-Paul II : « Le Concile a enfin voulu voir dans la liturgie une épiphanie de l'Église: elle est l'Église en prière. (n.9) Parce qu'elle est une célébration de l'Église, la liturgie appelle la participation pleine, consciente et active de tous, selon la diversité des ordres et des fonctions. (n.10) »

 

§  toute liturgie s’exprime dans la culture de l’assemblée ; un grand effort de création reste à faire pour que la liturgie chrétienne épouse la culture de tous les peuples et sache s’adapter aux changements culturels d’aujourd’hui. Jean-Paul II le reconnaissait dans sa Lettre Apostolique : « L'effort du renouveau liturgique doit encore répondre aux exigences de notre temps. La liturgie n’est pas désincarnée. Depuis vingt-cinq ans, des problèmes nouveaux se sont posés ou ont pris un relief nouveau… La Constitution Sacrosanctum Concilium ne fait pas référence à ces problèmes, mais donne les principes généraux pour coordonner et promouvoir la vie liturgique. (n.17) »

 

 P. Victor, abbé de Tamié



[1] Lettre Apostolique Vicesimus quintus. Texte français dans la Documentation Catholique du 4 juin 1989, n° 1985, p. 518-524

[2] Depuis la destruction du Temple en 70, aujourd’hui encore les juifs ne peuvent célébrer le rite de l’agneau pascal. Depuis bientôt 2000 ans il n’y a plus d’agneau pascal dans le rite juif !

[3] La Maison Dieu 47-48 (1956) p. 226 et 231.

 

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