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La Chronique de Boquen
Numéro 1 - Noël 1937

Ce n'est plus la Chronique de Tamié...

La plupart des lecteurs habituels de la Chronique de Tamié ont appris que le P. Alexis avait quitté son Abbaye savoisienne. Voici, résumées en quelques lignes la raison de son départ : Certains de ses jeunes religieux ayant manifesté l'intention de se consacrer à une adaptation de la vie cistercienne aux pays de Missions selon les désirs exprimés par S.S. le Pape Pie XI et conformément aux souhaits souvent répétés par les chefs des Missions, le P. Abbé résolut de seconder leur dessein de tout son pouvoir, après consultation préalable en haut lieu, à Rome même, et après conseil demandé à de nombreuses personnalités du clergé séculier et régulier. Dans ce but il fit acheter l'ancienne Abbaye cistercienne de Boquen, dans les Côtes-du-Nord, afin d'y installer ses fils, au moment opportun et de leur procurer une résidence en un lieu favorable.

Les Supérieurs de l'Ordre des Cisterciens Réformés se refusant à entrer dans les vues de D. Alexis et de les seconder, il fut amené à quitter Tamié le 16 septembre 1936. Un mois plus tard, il prenait possession de Boquen où il réside depuis lors, sous la protection et l'autorité de S.E. Mgr Serrand, Évêque de St-Brieuc et Tréguier.


C'est la Chronique de Boquen

En cette circonstance mémorable, l'ancien P. Abbé de Tamié a vu, avec une indicible consolation, se grouper autour de lui ses amis; avec une unanimité extrêmement touchante, ils lui sont restés fidèles. C'est pour les remercier de cet attachement si méritoire que cette feuille vient timidement, humblement leur rendre visite, une visite toute de cordiale, de rayonnante gratitude.

Que Dieu rende au centuple leur charité à tous les amis, ici-bas et Là-Haut !

S'il plaît à Dieu, la Chronique de Boquen paraîtra quatre fois par an, comme le faisait la Chronique de Tamié, à laquelle d'ailleurs elle ressemblera comme une soeur cadette, mais bien de la même famille, ayant le même esprit, les mêmes tendances et s'en tenant toujours à la très chère devise : "Veritatem in charitate facientes". Elle donnera des nouvelles de Boquen et de ses habitants, elle racontera aussi le passé de cette Abbaye ; elle s'efforcera d'être vivante tout en restant sans prétentions.


Ce qui se fait à Boquen

L'ancien Abbé de Tamié ayant été rejoint à Boquen par deux de ses fils venus de Tamié, tous trois mènent dans leur désert la vie commune. Ils forment un groupe de pieuses personnes vivant en commun ; en particulier, ils chantent en choeur tout l'office. Leur vie est partagée entre la prière publique et privée, le travail intellectuel et le travail manuel selon les grandes divisions prévues par la Règle de st Benoît. Et ils se tiennent à la disposition de la divine Providence, prêts à la seconder en ses desseins, s'il lui plaît de se servir d'eux. Ils attendent dans la paix la plus profonde, paix intérieure, paix extérieure aussi car Boquen est bien une véritable solitude.


L'installation à Boquen

Les débuts furent rudes. Seul, pendant près d'un mois, contraint de faire chaque matin quatre kilomètres par de mauvais chemins pour aller célébrer la ste messe à l'église la plus proche, l'ancien Père Abbé était dans un dénuement voisin de la misère. Pour abri, une chambre au plafond troué, on voyait le jour au travers, au  plancher rompu, à la fenêtre sans vitres ; un mobilier extra-sommaire, pas de linge, pas de livres, tout à l'avenant... Peu à peu, grâce à la charité d'amis dont la libéralité a été admirable, l'extrême indigence des commencements s'est atténuée quelque peu ; ce n'est point le confort, encore moins le luxe, mais, si l'utile et l'agréable manquent souvent dans la masure, on y trouve au moins le strict nécessaire.

Car l'habitation est une masure ; c'est l'ancienne demeure des moines bâtie au XVIIème siècle, mais absolument négligée et presque abandonnée depuis la Révolution. En quel état lamentable elle se trouvait la pauvre maison ! Quel est encore le délabrement de la plupart de ses pièces, malgré le travail assidu des nouveaux habitants ! Tout l'intérieur, on peut le dire, est à refaire ; seuls les murs et les maîtresses poutres sont en bon état et encore !

À Côté, des monceaux de ruines ; les anciens édifices conventuelles : église, sacristie, chapitre, cloître, maison des convers, il n'y a plus que des murs et des décombres, le tout recouvert, jusqu'à ces derniers temps, d'épais halliers de ronces, d'épines et d'orties... Ruines magnifiques parfois, mais ruines pourtant !

L'endroit ne manque pas de charmes ; c'est selon la tradition un vallon entouré de tous côtés de collines peu élevées ; deux ruisseaux l'arrosent et serpentent à travers les prairies ; les édifices sont assis à l'orée d'une forêt qui s'allonge de l'est à l'ouest, l'ancienne forêt des moines. Il y a des jardins, ou plutôt l'emplacement de jardins, car tout est en friche ; des viviers, des étangs, mais envasés et envahis par les broussailles et les joncs; une ample clôture mais ruinée le plus souvent. À Boquen un travail considérable sera de rigueur pour remettre dans le domaine monastique un peu d'ordre, de propreté, pour lui rendre un air décent et avenant. Ce travail est en cours. S'il plaît à Dieu, petit à petit, par leur propre labeur, les nouveaux hôtes de Boquen rendront au désert sa beauté ; ils n'y épargnent déjà, ils n'y épargneront point à l'avenir leurs sueurs et leurs fatigues. Mais le travail spirituel n'en sera pas négligé pour autant ; la vie contemplative, telle que décrite au dernier numéro de la Chronique de Tamié, sera à Boquen l'objet des soins les plus assidus ; nos amis qui viendront nous visiter pourront s'en rendre compte.

Boquen ne prétend être ni une ferme modèle, ni un établissement industriel, ni une académie, Boquen veut être la "Maison de Dieu", comme dans le passé.


Nos voeux

En ce début de 1937, que tous nos Amis que tous nos Parents, que tous nos Bienfaiteurs, que nos éminents Protecteurs Nos Seigneurs les Évêques veuillent bien agréer les voeux du petit groupe des solitaires de Boquen. Ces voeux se traduiront, dans le pauvre réduit véritable Bethléem qui leur sert d'oratoire, par de très fervents prières.

Daigne l'Enfant Dieu, imploré par Marie, Mère et Reine de Boquen, les combler tous de grâces, de bénédictions, eux te tous ceux qui leur sont chers.

Boquen - Plenée-Jugon - Côtes du Nord.

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Fin du premier numéro de la Chronique de Boquen qui en compta 55, jusqu'à Noël 1966.

Dom Alexis Presse mourut en 1965

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Dom Alexis publia et diffusa largement un document :

Relation sommaire des événements qui ont obligé le R.P. Alexis, abbé de Tamié à quitter son abbaye.



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